Que peut apporter la chaîne de blocs à l’industrie de l’assurance?

Octobre 2017    |    Par Ingrid Sapona

Blockchain imageIntroduction

La technologie de la chaîne de blocs est un sujet dactualité dans le secteur des services financiers, mais nombreux sont ceux qui pensent qu’il s’agit là d’un phénomène surmédiatisé. Certains commentateurs sont d’avis que la technologie de la chaîne de blocs constitue la plus grande révolution technologique depuis l’avènement d’Internet et le point de vue qu’ils expriment contribue assurément à cet état de fait. Toutefois, il est évident que cette réputation n’est pas surfaite si on se fie à la quantité d’investissements réalisés dans les nouvelles entreprises dont les activités sont liées à la technologie de la chaîne de blocs.

La firme McKinsey & Company estime que, dans l’ensemble des industries, 800 millions de dollars US ont été investis en 2014-2015 dans les entreprises en démarrage dont les activités sont liées à la technologie de la chaîne de blocs. Plus de 40 sociétés de services financiers ont investi dans le secteur de la technologie de la chaîne des blocs ou dans des entreprises en démarrage dont les activités sont liées à cette technologie depuis le début de 2014. Plusieurs intervenants s’attendent en effet à ce que la chaîne de blocs contribue à la croissance de l’industrie de l’assurance au cours des prochaines années. IBM rapporte que, selon les sociétés à l’avant-garde de l’industrie de l’assurance, la chaîne de blocs offre, entre autres avantages, « une occasion d’améliorer l’efficacité, de réduire les frais de traitement des transactions, d’enrichir l’expérience client, d’améliorer la qualité des données et de renforcer la confiance établie entre les parties ainsi que l’auditabilité. »

 

Ceux que ces affirmations laissent sceptiques seront peut-être intéressés d’apprendre que plusieurs entreprises qui déclarent investir de larges sommes dans la technologie de la chaîne de blocs réalisent ces investissements même si leurs dirigeants admettent n’avoir qu’une connaissance de base de ce type de technologie. Un sondage de la firme Deloitte effectué auprès d’un groupe comptant plus 3 000 dirigeants d’entreprises américaines indique que 39 % des répondants ont admis connaître peu ou pas cette technologie. Pourtant, 28 % d’entre eux ont déclaré que leur société avait investi 4 millions de dollars ou plus dans ce secteur, et 10 % ont indiqué que leur société avait investi au moins 10 millions de dollars.

 

Que vous soyez sceptique ou à l’avant-garde des tendances, la technologie de la chaîne de blocs reste un sujet de premier plan au sein de l’industrie de l’assurance. Il est donc utile de posséder certaines connaissances à ce sujet. Selon un commentateur, la bonne nouvelle est « qu’à l’instar d’Internet (ou de votre voiture), vous n’avez pas besoin de savoir comment une chaîne de blocs fonctionne pour utiliser cette technologie. Cependant, lorsqu’on possède une connaissance de base de cette nouvelle technologie, on comprend pourquoi elle est considérée comme révolutionnaire. »

Le présent article :

- décrit les principes de base de la technologie de la chaîne de blocs;

- présente ses principales caractéristiques;

- passe en revue certaines utilisations particulières de cette technologie dans l’industrie de l’assurance.

 

Bref historique

Le concept de la chaîne de blocs tire son origine des travaux de développement du bitcoin, une cryptomonnaie lancée en 2009. Le bitcoin est une monnaie virtuelle régie par des programmes qui sont exécutés sur un réseau pair à pair décentralisé, dans lequel aucune banque centrale n’intervient. Pour plusieurs personnes, l’idée d’une monnaie virtuelle représente une option intéressante par rapport à certaines devises nationales plus volatiles. Le fait que le bitcoin ait été lancé immédiatement après la crise financière de 2008 constitue une coïncidence particulièrement fortuite pour les partisans du bitcoin, qui s’empressent habituellement de rejeter le blâme de la crise financière sur le manque d’intégrité des banques centrales, ces présumés « tiers de confiance ». Aux yeux des partisans du bitcoin, l’élimination des banques centrales du système financier pourrait prévenir la répétition de telles crises dans le futur.

 

À l’inverse, ceux qui doutent du bitcoin ont tôt fait de le rejeter, le qualifiant de « monnaie virtuelle magique », en partie, probablement, parce que son intraçabilité en fait la devise de choix des pirates informatiques qui demandent des rançons. Quel que soit votre avis sur le bitcoin, en date de janvier 2017, la valeur totale de bitcoins émis atteignait 17 milliards de dollars US, ce qui signifie que cette devise s’est indéniablement taillé une place sur le marché.

 

Il importe de faire une distinction entre la chaîne de blocs et le bitcoin, même si ces deux concepts sont étroitement liés. La chaîne de blocs est simplement la technologie qui sous-tend le bitcoin. L’attrait considérable qu’exerce la technologie de la chaîne de blocs, notamment dans le secteur des technologies financières et des services financiers en général, sert en quelque sorte de plateforme de diffusion à d’autres applications, comme les « contrats intelligents », qui sont décrits ci-après.

 

En quoi consiste la technologie de la chaîne de blocs?

Une chaîne de blocs est une plateforme technologique qui héberge un registre distribué, c’est-à-dire décentralisé. Ce registre contient des transactions qui « consignent et permettent de faire le suivi de transferts d’actifs entre deux ou plusieurs parties. Ces actifs peuvent être toute chose de valeur qui a, ou à laquelle on peut attribuer, une représentation numérique, comme de l’argent, des biens, des documents ou des données. » Les transactions sont enregistrées en permanence sur la chaîne de blocs elle-même, de telle façon qu’elles ne peuvent pas être effacées. On peut seulement les mettre à jour séquentiellement.

 

Pour mieux comprendre ce qu’est la chaîne de blocs, on peut utiliser l’analogie simple fournie par un commentateur : « Imaginez une feuille de calcul, qui est reproduite des milliers de fois sur un réseau d’ordinateurs. Puis, imaginez que ce réseau est conçu de façon à mettre à jour régulièrement cette feuille de calcul. »

 

Il n’y a pas de norme unique ou de régime de gouvernance général qui régit la technologie de la chaîne de blocs. Cependant, il existe un certain nombre de plateformes et de cadres reconnus qui sont particulièrement populaires (par exemple, Hyperledger, Everledger et Ethereum). À ce stade-ci, certains analystes estiment que la pluralité des plateformes disponibles peut contribuer à ralentir la croissance et l’acceptation de cette technologie puisque les entreprises attendent de voir si une norme en particulier va s’imposer. Entre temps, un certain nombre d’entreprises et de sociétés d’experts-conseils ont commencé à offrir la technologie de la chaîne de blocs en tant que service (BaaS), notamment IBM, Microsoft et Amazon Web Services.

La plus grande partie du potentiel qu’offre la technologie de la chaîne de blocs vient du fait que l’on peut développer des applications qui seront exécutées sur la plateforme, permettant ainsi aux entreprises et aux groupes d’utiliser la chaîne de blocs pour enregistrer toutes sortes de choses, allant de données statiques à des transactions dynamiques. « En plus de permettre de faire le suivi des actifs, les noeuds de la chaîne de blocs sont dotés de logiciels sophistiqués permettant d’exécuter diverses applications. Ces applications peuvent contenir des règles de logique complexes pouvant interagir avec des applications externes et des logiciels transitionnels d’entreprises. »

 

Les applications commerciales générales des chaînes de blocs

La technologie de la chaîne de blocs est utile dans le cadre de nombreuses activités commerciales, tant au sein d’une entreprise en particulier que dans l’ensemble des industries. Dans une organisation, cette technologie permet de réduire les coûts en augmentant l’efficacité interne et en simplifiant les processus. La chaîne de blocs peut aussi être utile en cas d’audit ou lorsque les organismes de réglementation décident d’effectuer des vérifications parce qu’il est pratiquement impossible de modifier les données qui y sont enregistrées.

 

Selon les Services d’affaires mondiaux d’IBM, la technologie de la chaîne de blocs est particulièrement adaptée aux situations qui :

- impliquent plusieurs parties;

- impliquent de nouveaux intermédiaires;

- n’exigent pas l’intervention d’une autorité centrale de confiance pour réaliser les transactions;

- exigent l’enregistrement de la date et de l’heure de chaque transaction;

- exigent que de nombreux intervenants utilisent les mêmes données.

 

La technologie de la chaîne de blocs peut aussi servir à vérifier et à enregistrer numériquement des données relatives aux clients pour éviter que ces derniers aient à fournir des documents plus d’une fois. Nombreux sont ceux qui croient que la fidélité et la satisfaction des clients augmentent lorsque ces derniers n’ont pas à fournir plusieurs fois les mêmes documents et renseignements.

 

Les principales caractéristiques d’une chaîne de blocs

Chacun des blocs formant la chaîne est essentiellement un enregistrement chiffré et horodaté, qui est relié aux blocs précédents. Les blocs de la chaîne sont verrouillés et contiennent l’historique complet d’une transaction. Étant donné que le registre distribué est constitué de blocs de type « ajout seulement », un pirate informatique qui veut manipuler ou modifier un bloc devra aussi modifier tous les blocs ajoutés ultérieurement. De plus, puisque le registre distribué compare continuellement les données enregistrées sur les différents nœuds, « il n’y a qu’une seule version des véritables données» et il ne peut y avoir de point de défaillance.

 

En raison de la décentralisation de la chaîne de blocs, le registre distribué sur le réseau élimine les risques liés au stockage des données dans un emplacement central. Dans les bases de données traditionnelles, on se fie habituellement à une couche de sécurité qui protège l’ensemble de la base. Par conséquent, si cette couche de sécurité est violée, le contenu entier de la base de données devient accessible. Dans une chaîne de blocs, les enregistrements et les messages individuels sont chiffrés.

 

Un registre distribué élimine le besoin de maintenir de nombreuses bases de données. Il élimine aussi les erreurs découlant de l’entretien et du transfert des données entre celles-ci. L’un des désavantages d’un tel registre est que la fonction de recherche de la chaîne de blocs peut ne pas être aussi efficace que celle qui est offerte dans les bases de données traditionnelles.

 

Les noeuds qui forment le réseau de registres distribués ne servent pas uniquement à conserver une copie des transactions. Ils sont continuellement synchronisés au moyen d’un protocole que l’on appelle consensus. « Chaque noeud aide à préserver l’historique des transactions en “se mettant d’accord” avec tous les autres noeuds sur le contenu du registre. Cela rend la chaîne extrêmement fiable, inaltérable et digne de confiance. C’est par l’utilisation d’algorithmes de consensus que les noeuds de la chaîne de blocs synchronisent leurs données. »

 

La confiance numérique

Les créateurs du bitcoin faisaient preuve d’un sain scepticisme à l’égard des autorités comme les banques centrales. (Remarque : Il y a beaucoup de controverse entourant le créateur véritable du bitcoin. On attribue à une personne, ou à un groupe de personnes, se faisant appeler Satoshi Nakamoto les idées présentées dans un article publié en 2008 et intitulé : Bitcoin: un système de paiement électronique pair-à-pair). Les créateurs du bitcoin cherchaient à mettre au point un système de paiement qui ne ferait pas appel à une banque centrale ou à un autre intermédiaire tiers, comme une société de carte de crédit ou PayPal. En l’absence d’un intermédiaire tiers digne de confiance, ils devaient donc trouver une autre solution pour assurer la vérification des transactions. Ils ont aussi réalisé que cette solution devait empêcher que la cryptomonnaie puisse être : 1) versée dans le mauvais compte lors de son transfert en ligne et 2) dépensée deux fois par la même personne.

La solution qu’ils ont mise au point est la chaîne de blocs. Puisque les blocs ne peuvent pas être modifiés une fois qu’ils ont été ajoutés au registre distribué, ce sont les participants du réseau qui vérifient la transaction et qui s’assurent que la valeur de cette dernière n’est pas répliquée ailleurs. La chaîne de blocs remplace le tiers digne de confiance puisque le registre distribué est essentiellement une base de données qui contient l’historique de chacune des transactions qui y est enregistrée et que tout le monde sur le réseau peut voir cet historique. Comme indiqué dans la publication The Economist, la chaîne de blocs « offre aux personnes qui ne se connaissent pas ou qui ne se font pas confiance un moyen de créer un enregistrement détaillant les possessions de chacun. »

Le concept même de la « confiance numérique » qui sous-tend la chaîne de blocs est l’un des principaux arguments de vente de cette technologie. « Les retombées d’une technologie fondée sur des registres distribués sont étonnantes : on perçoit de plus en plus la confiance numérique comme un concept raisonnable, ce qui veut dire qu’on peut maintenant attribuer la propriété d’actifs en ligne et hors ligne à diverses parties et que les transferts conclus entre ces parties peuvent être prouvés à la fois de façon linéaire et cryptographique. »

Blockchain Technology imageLes chaînes de blocs peuvent être publiques ou privées

Les registres distribués peuvent être publics ou privés Les chaînes de blocs publiques peuvent être consultées par tout le monde. Le système Bitcoin, par exemple, repose sur une chaîne de blocs publique. Le participant télécharge le logiciel accessible au public. Le logiciel génère une « clé publique », qui consiste en une série de chiffres choisis au hasard et qui sert d’adresse au participant sur la chaîne de blocs. Bien que la clé publique soit connue de tous, l’identité de la personne ou de l’entité à qui elle appartient reste anonyme. Le logiciel génère également une clé privée, que seul le participant connaît. Lorsqu’une personne souhaite ajouter une transaction au registre distribué, elle doit d’abord utiliser sa clé publique (son adresse) pour faire l’ajout, puis chiffrer le message au moyen de sa clé privée. La clé privée sert en quelque sorte de mot de passe ou de signature pour valider que la transaction provient bien d’un participant en particulier.

 

Les chaînes de blocs privées peuvent être mises en place par une seule entreprise afin d’améliorer son efficacité interne et de réduire ses coûts. Par exemple, une entreprise peut utiliser une chaîne de blocs pour authentifier les transactions qu’elle conclut avec ses clients, ses fournisseurs et ses employés. L’entreprise peut mettre en place la chaîne de blocs sous forme de réseau soumis à identification, décidant ainsi qui sera autorisé à y participer et quelles transactions pourront être consignées dans le registre distribué.

 

Les chaînes de blocs privées peuvent aussi être établies par des réseaux d’entreprises formant un consortium. Le consortium peut choisir un corps dirigeant pour déterminer qui pourra participer. Parce que les chaînes de blocs privées sont soumises à identification, les participants savent avec qui ils transigent et des cadres juridiques sont mis en place pour offrir des recours. Chaque entité qui se joint à la chaîne joue alors le rôle d’un noeud. De telles chaînes de blocs conviennent bien aux situations dans le cadre desquelles divers intervenants doivent tous se fier aux mêmes renseignements, comme l’industrie de l’assurance, qui regroupe des courtiers, des rédacteurs production, des préposés au traitement des sinistres, etc. En fait, nombreux sont ceux qui croient que les chaînes de blocs établies par des consortiums de sociétés d’assurance constituent le meilleur point de départ pour l’introduction de la technologie de la chaîne de blocs au sein de l’industrie.

 

Le rôle changeant des administrateurs tiers de confiance

L’une des caractéristiques de la chaîne de blocs est qu’elle permet la désintermédiation, c’est-à-dire que les transactions peuvent être réalisées sans faire appel à des intermédiaires. Cela ne signifie pas, cependant, que les « intermédiaires de confiance » doivent nécessairement être exclus du processus. La plupart des intervenants croient plutôt que ces intermédiaires auront encore un rôle à jouer dans l’industrie de l’assurance, mais qu’ils devront adapter leur modèle d’affaires et rendre leurs activités plus transparentes.

 

Selon Paul Meeusen, de la société Swiss Re, l’automatisation des tâches administratives qui sont actuellement exécutées par divers intervenants peut être perçue comme une menace par ces derniers, mais l’automatisation de ces processus peut également leur permettre de se concentrer sur l’offre de services-conseils à valeur ajoutée.

 

Les applications exécutables sur une chaîne de blocs

Puisque la chaîne de blocs sur laquelle le système Bitcoin s’est développé a été créée en tant que plateforme en source libre (comme l’Internet), les développeurs ont la possibilité de produire différents types d’applications pouvant être exécutées sur cette chaîne de blocs. Par conséquent, beaucoup d’efforts et de créativité ont été consacrés au développement « d’applications décentralisées » (dApp). Les applications décentralisées sont des applications (du code machine) qui sont exécutables sur une chaîne de blocs et qui ne sont pas contrôlées par une personne ou une entité centrale. Parce qu’elles sont exécutables sur la chaîne de blocs, elles tirent profit des propriétés de cette dernière, notamment l’absence de point de défaillance et de temps d’arrêt, la sécurité cryptographique et l’impossibilité pour des tiers de modifier les données.

 

La plateforme Ethereum, par exemple, a été conçue spécifiquement pour permettre aux développeurs de produire et de déployer des applications décentralisées. « Tout service qui est centralisé peut être décentralisé au moyen d’Ethereum. Songez à tous les services intermédiaires qui existent parmi des centaines d’industries différentes. Cela va des services évidents, comme les prêts accordés par les banques, jusqu’aux services intermédiaires auxquels la plupart des gens pensent rarement, comme l’enregistrement des titres, les systèmes de vote, la conformité réglementaire et bien d’autres encore. »

 

Les contrats intelligents

Les contrats dits intelligents sont un bon exemple du type d’applications pouvant être exécutées sur une chaîne de blocs. Ce sont essentiellement des contrats qui sont programmés numériquement pour s’autoexécuter. Lorsque l’une des dispositions prévues au contrat intelligent est déclenchée, le programme se déploie sur la chaîne de blocs afin d’appliquer le contrat à l’ensemble des contreparties. Un contrat intelligent « peut faciliter l’échange d’argent, de contenus, de biens, d’actions ou de toute chose de valeur. Avec un contrat intelligent autoexécutant, le risque d’erreur humaine est réduit au minimum, tandis que la vitesse et l’efficacité sont augmentées. Lorsqu’il s’exécute sur une chaîne de blocs, un contrat intelligent agit comme un programme d’ordinateur autonome qui est automatiquement lancé si certaines conditions sont satisfaites. Les contrats intelligents exécutés sur la chaîne de blocs fonctionnent exactement de la façon dont ils ont été programmés, sans qu’il soit possible de les censurer, de les interrompre, de les pirater ou d’interférer. »

 

Les contrats intelligents offrent la possibilité de réduire les coûts associés aux activités de conformité et de tenue de dossiers, et aux interventions manuelles. Selon la firme Capgemini Consulting, l’utilisation de contrats intelligents dans l’industrie de l’assurance automobile des particuliers permettrait d’économiser 21 milliards de dollars US à l’échelle mondiale en raison de l’automatisation et de la réduction des coûts indirects associés au traitement des sinistres.

 

Prenons l’exemple d’un voyageur qui se procure une assurance contre l’annulation de vol. La police d’assurance, qui est programmée sous forme d’un contrat intelligent devant s’appliquer lorsque le vol est retardé pendant deux heures et plus, est téléchargée dans la chaîne de blocs. Les renseignements relatifs aux départs des vols de la compagnie aérienne sont également téléchargés dans la chaîne de blocs à partir d’un « oracle externe », c’est-à-dire d’une source d’information fiable et sécuritaire (peut-être la compagnie aérienne elle-même, dans ce cas-ci). Quand les renseignements relatifs aux vols sont diffusés dans la chaîne de blocs, l’application qui contient le contrat intelligent vérifie si le seuil de déclenchement de la police annulation a été dépassé. Si le seuil a effectivement été dépassé, l’assurance contre l’annulation de vol entrera en jeu et l’indemnité sera automatiquement versée sans que l’assuré ait à présenter une demande d’indemnité.

 

Etherisc, une entreprise allemande, a réalisé en septembre 2016 une expérience portant sur les chaînes de blocs et l’assurance retard de vol. On a permis à des participants qui se rendaient à une conférence à Singapour de se procurer une assurance dont l’indemnité serait automatiquement versée si leur vol était retardé ou annulé. Le retard a été numériquement signalé à une application décentralisée qui a ensuite automatiquement traité le paiement des indemnités, sans qu’aucune vérification manuelle soit nécessaire.

 

Bien que le concept des contrats intelligents semble simple, certains intervenants ont souligné que la mise en œuvre de tels contrats ne serait pas nécessairement facile et qu’ils pourraient soulever divers problèmes juridiques. Par exemple, des enjeux liés à la protection des données et de la vie privée pourraient découler de transactions exigeant l’utilisation de renseignements personnels. On estime que ces obstacles pourront être surmontés en faisant appel aux bons professionnels. Une firme d’avocats d’envergure internationale établie au Royaume-Uni, Clyde & Co., a d’ailleurs récemment fondé Clyde Code, une société d’experts-conseils indépendante en vue de fournir des conseils juridiques et techniques en matière de contrats intelligents.

 

Clyde Code est une société qui se spécialise dans l’élaboration de contrats intelligents. Elle s’assure aussi que les contrats qu’elle conçoit donnent les résultats escomptés, tant d’un point de vue technique que juridique. L’un des exemples les plus intrigants mentionnés par la firme Clyde Code est celui décrivant la façon dont un contrat intelligent pourrait être utilisé avec une assurance transport des marchandises. Dans l’exemple fourni par la société, le propriétaire d’un navire a installé des capteurs sur ses conteneurs pour en suivre les déplacements en temps réel. Les garanties prévues au contrat pourraient donc changer en temps réel en fonction de l’emplacement des marchandises. Si, par exemple, le navire traverse une zone où le risque de piratage est important, le taux d’assurance pourrait être modifié pendant que le navire traverse cette zone dangereuse.

 

La gouvernance et la réglementation

Des enjeux de gouvernance et de réglementation sont aussi associés à la chaîne de blocs. Si la chaîne de blocs est soumise à identification (comme dans le cas d’une chaîne utilisée par un consortium), il faut mettre en place des règles de participation. Il faut aussi décider quelles personnes fixeront ces règles. De même, les participants devraient signer une entente énonçant les droits et les obligations ayant trait, entre autres, à la confidentialité, la vie privée et la résolution de différends. L’entente peut aussi préciser, par exemple, que les participants devront s’assurer qu’ils se conforment aux exigences légales relatives à la connaissance du client et au blanchiment d’argent.

 

Sur le plan juridique, les chaînes de blocs peuvent soulever des questions liées à la concurrence et aux mesures antitrust. Par exemple, il existe une possibilité de collusion entre des concurrents qui participent au même réseau. L’adoption de normes techniques pourrait empêcher des concurrents de participer au même réseau et, possiblement, de se communiquer des renseignements d’affaires confidentiels.

 

Les législateurs et les organismes de réglementation

Un sondage d’IBM mené auprès d’institutions financières dans 16 pays a permis d’établir qu’aujourd’hui, les contraintes réglementaires sont les obstacles les plus importants à la mise en œuvre d’une chaîne de blocs. « La question de la gouvernance réglementaire constitue sans doute la principale difficulté à laquelle l’industrie de l’assurance doit faire face si elle opte pour la technologie de la chaîne de blocs. » Réglementer la chaîne de blocs exigera probablement l’adoption de nouvelles lois, de nouvelles pratiques et de nouveaux protocoles, ce qui peut prendre des années. Bien que certaines personnes mettent en garde contre les organismes de réglementation qui interviennent trop rapidement et qui, de ce fait, étouffent l’innovation, d’autres estiment qu’un cadre réglementaire qui appuie l’utilisation des chaînes de blocs favorisera une plus grande adoption de cette technologie.

 

Pour l’instant, les organismes de réglementation discutent entre eux, cherchent à comprendre cette nouvelle technologie et adoptent une attitude prudente avant de décider si de nouvelles règles seront nécessaires. Par contre, dans le secteur bancaire qui a montré plus d’intérêt envers la technologie de la chaîne de blocs que l’industrie de l’assurance, les organismes de réglementation collaborent déjà avec les principales banques en vue d’élaborer des cadres réglementaires.

 

Les applications de la chaîne de blocs en assurance

La présente partie abordera la Blockchain Insurance Initiative (aussi appelée B3i) ainsi que différents exemples qui illustrent en quoi les chaînes de blocs peuvent être particulièrement utiles dans le contexte de l’assurance :

Vérification de l’identité des clients

Appréciation du risque et traitement des sinistres

Lutte contre la fraude à l’assurance

Réassurance

Microassurance

Assurance paramétrique

Assurance en temps réel

 

Finalement, quelques cas d’utilisation des chaînes de blocs en assurance qui sont en cours seront examinés.

 

L’initiative B3i

Le consortium B3i a été lancé en octobre 2016. À l’origine, il ne réunissait que cinq assureurs : Aegon, Alliance, Munich Re, Swiss Re et Zurich Assurances. Au début de 2017, dix nouveaux membres se sont joints au consortium, suivi de plusieurs autres en septembre 2017, ce qui porte le total des membres à plus de 36. Le groupe a été spécifiquement mis sur pied pour explorer les applications possibles de la chaîne de blocs dans l’industrie de l’assurance.

 

L’objectif était de produire un prototype offrant les principales fonctions requises pour assurer le fonctionnement d’un système décentralisé de gestion des contrats intelligents, dans le contexte des contrats de réassurance en excédent de sinistres catastrophiques, en assurance des biens. Le consortium a d’abord choisi de concentrer ses activités sur la réassurance. Les membres du consortium ont jugé qu’il serait plus facile d’établir des normes communes pour les produits interentreprises plutôt que d’élaborer un produit destiné aux particuliers puisque ceux-ci peuvent varier considérablement, en fonction du territoire. Le consortium est aussi engagé dans la mise au point de plateformes transactionnelles dans l’ensemble de la chaîne de valeur de l’industrie de l’assurance en utilisant des technologies fondées sur la chaîne de blocs. Il compte ainsi « améliorer l’efficacité des transactions d’assurance et de réassurance dans toute la chaîne de valeur et, par conséquent, réduire la perte de valeur découlant des retards et des activités manuelles de rapprochement de comptes. »

 

En septembre 2017, le consortium B3i a lancé une version bêta complètement fonctionnelle d’un registre distribué commun pour les transactions de réassurance, communiquant aussi, par la même occasion, des détails sur sa vision du projet et l’analyse de rentabilisation. La participation au registre bêta est soumise à identification, mais le consortium invite tous les intervenants de l’industrie de l’assurance (assureurs, courtiers et réassureurs) à se joindre au programme de mise à l’essai du registre et à en faire l’expérience dans un environnement de test.

 

Les membres du consortium ont adopté un protocole d’entente en vertu duquel ils partagent les frais et les ressources nécessaires à leurs activités. Les travaux du consortium sont gérés par un comité directeur assisté d’un ensemble de sous-groupes qui font le suivi de diverses activités, notamment le développement technologique, les questions juridiques, la conformité et le marketing. Le consortium a l’intention de constituer une personne morale en 2018 afin de gérer les activités opérationnelles du projet.

 

Les applications particulières de la chaîne de blocs en assurance

 

Blockchain Technology imageLa vérification de l’identité des clients

Les consommateurs qui souhaitent se procurer de l’assurance doivent souvent remplir plusieurs questionnaires compliqués. Une fois que les renseignements nécessaires à l’identification d’un client ont été saisis dans la chaîne de blocs (conformément à la règle de la connaissance du client), ils peuvent être validés en les comparant avec les données stockées dans des bases de données fiables (par exemple, des bases de données gouvernementales). Lorsque l’identité du consommateur a été validée, les renseignements sont mis à la disposition de tous les participants de la chaîne de blocs et le consommateur ne devrait pas avoir à fournir ces informations de nouveau.

 

L’appréciation du risque et le traitement des sinistres

On peut utiliser la chaîne de blocs d’un certain nombre de façons en vue d’améliorer le processus d’appréciation du risque en assurance. Par exemple, on peut l’utiliser pour centraliser les données relatives aux risques, facilitant ainsi le travail des assureurs et des rédacteurs production qui s’occupent de modélisation et d’évaluation des risques. L’amélioration de l’évaluation des risques devrait aider les assureurs à fixer le prix de l’assurance avec plus de précision.

Le processus de traitement des sinistres pourrait être radicalement modifié en utilisant des données en temps réel, lesquelles sont de plus en plus accessibles grâce à l’Internet des objets. Ainsi, on peut attribuer un jeton numérique à une voiture et installer dans celle-ci un capteur afin de détecter tout accident dans laquelle la voiture pourrait être mise en cause. Le cas échéant, les données du capteur seraient automatiquement transmises à la chaîne de blocs, déclenchant l’exécution du contrat intelligent et le début du traitement du sinistre. La coordination des étapes du traitement se ferait automatiquement entre les différentes parties concernées. N’ayant plus besoin de présenter une demande d’indemnité, de rapports d’accident et de reçus, l’assuré en retirerait une rapidité et une facilité de traitement accrues, ainsi qu’une plus grande satisfaction. Quant à lui, l’assureur verrait les coûts liés au traitement et au règlement des sinistres diminuer.

La lutte contre la fraude à l’assurance

La firme McKinsey & Company rapporte qu’environ 5 à 10 % de toutes les demandes d’indemnité sont frauduleuses. La technologie de la chaîne de blocs permet de détecter la fraude d’identité en validant l’identité des clients et en découvrant les rapports de dommages matériels et corporels qui ont été falsifiés. Le processus traditionnel de traitement des sinistres, qui fait appel à des intermédiaires (notamment des experts en sinistres), augmente les coûts et le risque de fraude. La chaîne de blocs peut éliminer le besoin d’avoir recours à des intermédiaires pour valider des renseignements, comme l’authenticité et la propriété d’articles.

 

Everledger, une entreprise basée au Royaume-Uni, a déjà démontré que la chaîne de blocs peut être utilisée pour valider l’historique de propriété des biens; il devient alors plus difficile de faire passer des biens contrefaits pour des originaux ou de présenter des demandes d’indemnité frauduleuses pour des biens volés. Everledger a conçu une chaîne de blocs qui sert de registre mondial pour l’industrie du diamant, aidant ainsi à restreindre la distribution des diamants de la guerre. La société documente 40 points de données pour chacun des diamants traités, puis enregistre ces renseignements en les chiffrant sur la chaîne de blocs. Plus d’un million de diamants ont été enregistrés dans Everledger. La chaîne de blocs fournit aux compagnies d’assurance et aux acheteurs un mécanisme qui permet de valider l’authenticité des diamants.

 

« Le caractère chiffré et inaltérable des transactions consignées sur la chaîne de blocs, la capacité extraordinaire de traçabilité de celle-ci et la transparence de l’enregistrement de la transaction permettent de produire un enregistrement numérique qui fait autorité (une sorte d’empreinte digitale) pour les objets réels, les polices d’assurance et les sinistres. Ces enregistrements numériques uniques peuvent servir à authentifier des articles de valeur et à en faire le suivi pendant toute leur durée de vie, tout en rendant extrêmement difficile toute tentative de fraude par des criminels. »

 

La transparence de la chaîne de blocs facilite également la détection des demandes d’indemnité multiples. Les renseignements relatifs aux sinistres qui sont partagés sur la chaîne de blocs peuvent être vérifiés. Ils sont transparents pour tous les participants, ce qui rend plus facile la détection des fraudes et des demandes d’indemnité multiples.

 

Comme le souligne la firme McKinsey & Company, pour mener une lutte efficace contre la fraude à l’assurance et en retirer des avantages, il faudra que de nombreux intervenants collaborent, y compris les assureurs, les fabricants et les fournisseurs de services.

 

La réassurance

Ce n’est pas une coïncidence si les premières activités de l’initiative B3i ont été axées sur la réassurance. Selon la firme PwC, la technologie de la chaîne de blocs est particulièrement adaptée à ce secteur de l’assurance. Puisque le pourcentage des frais généraux en réassurance représente habituellement de 5 à 10 % des primes, les analystes de PwC estiment que la chaîne de blocs offre des moyens simples de réduire les coûts et d’améliorer la satisfaction des clients. Ainsi, en raison de la quantité de données qui doivent être transmises entre le client, le courtier, le réassureur et les fournisseurs de services externes, puis saisies et comparées plusieurs fois, les analystes de PwC estiment que l’utilisation de la technologie de la chaîne de blocs pourrait éliminer de 15 à 25 % des coûts associés au traitement des données. Ils estiment aussi que cette technologie pourrait générer des économies de 5 à 10 milliards de dollars dans l’ensemble de l’industrie. Enfin, la chaîne de blocs permettrait d’accélérer les activités de placement des risques et de règlement des sinistres, ce qui contribuera à rehausser la satisfaction et la rétention des clients.

 

La microassurance

La microassurance est conçue pour les personnes à faible revenu, qui résident souvent dans des pays en voie de développement et des régions éloignées. Elle se caractérise par des primes peu élevées et des garanties restreintes. Son mode de fonctionnement est le même que celui de l’assurance ordinaire, mais la microassurance est spécifiquement conçue pour protéger les personnes à faible revenu contre des risques précis. Les personnes qui cherchent à se procurer de la microassurance peuvent avoir de la difficulté à établir leur identité. Il est possible qu’elles ne possèdent pas de biens personnels, de comptes bancaires ou de documents d’identification officiels. La corruption gouvernementale peut aussi constituer un obstacle pour elles.

 

La technologie de la chaîne de blocs peut faciliter la collecte de données d’identification en acceptant des données provenant de téléphones intelligents et de sources comme une pièce d’identité d’employé vérifiable. Une fois que l’identité de la personne a été établie et enregistrée sur la chaîne de blocs, cette personne n’aura plus jamais à faire cette démarche de nouveau. Il ne sera pas nécessaire non plus de demander l’intervention des autorités gouvernementales, ce qui pourrait créer des problèmes. Les renseignements d’identification vérifiés peuvent être chiffrés et mis immédiatement à la disposition des autres participants de la chaîne de blocs au moyen du registre distribué.

 

Les frais élevés de traitement des sinistres qui découlent des vérifications effectuées par des tiers dans des régions éloignées rendent la microassurance moins intéressante pour plusieurs assureurs. L’utilisation de la technologie de la chaîne de blocs pour automatiser l’appréciation des risques et le traitement des sinistres peut se traduire par une réduction des frais de traitement et des économies, et ainsi faire du marché de la microassurance une option plus attrayante. De plus, si la police de microassurance est programmée dans la chaîne de blocs sous forme de contrat intelligent, l’assuré n’aura même pas besoin de présenter une demande d’indemnité si un événement couvert par l’assurance survient : la demande sera automatiquement traitée sans qu’il soit nécessaire de la faire vérifier par un tiers ou de payer des frais pour cette vérification.

 

L’assurance paramétrique

La technologie de la chaîne de blocs convient aussi à l’assurance paramétrique. Aux termes d’une police d’assurance paramétrique, l’assureur verse une indemnité si un risque couvert survient ou si certains seuils de référence sont dépassés (par exemple, une quantité de pluie précise, des secousses sismiques ou une température dépassant un niveau donné). Au lieu de verser une indemnité pour la perte pure, la police d’assurance verse à l’assuré un montant préétabli si un paramètre précis est dépassé. Puisque l’entrée en jeu de l’assurance paramétrique dépend des événements qui surviennent, il est assez simple de la programmer sous forme de contrat intelligent.

Par exemple, aux termes d’une assurance paramétrique contre les tremblements de terre, le contrat pourrait prévoir le versement d’indemnités en fonction d’un barème mobile, selon la gravité du tremblement de terre. Autrement dit, l’indemnité d’assurance ne dépendra pas de l’importance des dommages causés, mais uniquement de la magnitude du tremblement de terre. Une source d’information (un oracle) communiquerait automatiquement des renseignements sur la magnitude à la chaîne de blocs et le contrat intelligent déterminerait ensuite si la magnitude est suffisante pour déclencher le versement de l’indemnité. La clé est de mettre en place des déclencheurs qui correspondent à des paramètres clairement définis.

L’assurance retard de vol décrite précédemment est un autre exemple d’assurance paramétrique dont la gestion peut être facilitée par la technologie de la chaîne de blocs. Une fois que les données fournies par l’oracle sont reçues et que le paramètre défini dans le contrat intelligent est atteint, le versement de l’indemnité est automatiquement déclenché.

L’assurance en temps réel

Un autre type d’assurance qui pourrait profiter de la technologie de la chaîne de blocs est ce que certains appellent « l’assurance en temps réel ». Ce type de garantie évolue en même temps que les conditions du risque changent. Par exemple, la firme britannique SafeShare Global a mis au point une solution basée sur la chaîne de blocs qui est destinée au marché de l’économie du partage, c’est-à-dire les propriétaires d’habitation qui louent une partie de leur résidence à des personnes qui recherchent des locaux pour exploiter leur petite entreprise. En vertu de ce type de garantie, qui est pris en charge par la Lloyd’s de Londres, le propriétaire peut se procurer une assurance de courte durée qui couvre chacune des journées où la petite entreprise loue des locaux. La chaîne de blocs permet à l’entreprise de fournir un enregistrement horodaté et inaltérable de l’assurance en temps réel à un coût substantiellement moins élevé que celui d’une assurance pour entreprise à domicile traditionnelle.

 

L’assurance transport des marchandises décrite précédemment est un autre exemple d’assurance en temps réel qui est rendue possible grâce à la technologie de la chaîne de blocs. Des dispositifs de repérage installés dans des conteneurs de fret signalent au contrat intelligent que le navire qui les transporte est assujetti à un profil de risque différent en fonction des régions qu’il traverse. La prime d’assurance transport des marchandises est ajustée en temps réel pour refléter avec précision le risque.

 

Divers cas d’utilisation en cours

En plus de la version bêta de la solution de réassurance fondée sur la chaîne de blocs qui a été annoncée par le consortium B3i, d’autres cas d’utilisation de la chaîne de blocs en assurance sont actuellement étudiés par Cookhouse Lab, une société de Toronto dont les activités sont axées sur l’accélération de l’innovation technologique en assurance. Les cas d’utilisation actuellement étudiés portent notamment sur :

 

- la rationalisation de processus manuels et complexes impliquant plusieurs parties; on explore comment la technologie de la chaîne de blocs peut être utilisée pour coordonner le versement d’indemnités provenant de nombreux assureurs;

- l’automatisation du processus de règlement des sinistres en assurance voyage; on explore comment la technologie de la chaîne de blocs peut rationaliser le processus de règlement des sinistres en automatisant les points de contact entre le premier avis de sinistre et le versement de l’indemnité;

- la centralisation du stockage et de la gestion des données relatives aux risques; ce cas explore comment les intervenants de l’industrie de l’assurance peuvent créer et maintenir conjointement un dépôt de données global sur les risques dans lequel tous les renseignements relatifs aux biens immeubles et les édifices connexes peuvent être conservés, enrichis et gérés;

- la validation en temps réel d’un permis de courtier ou d’agent d’assurance; on explore comment la technologie de la chaîne de blocs peut permettre aux organisations de l’industrie de l’assurance d’avoir accès aux renseignements requis pour l’obtention d’un permis de courtier ou d’agent d’assurance, et de les valider de façon sécuritaire.

 

Conclusion

Compte tenu du fait que la technologie de la chaîne de blocs a été spécifiquement mise au point pour fournir une « source unique de données véritables » et que l’assurance « repose sur des principes de confiance et de vérité en ce qui a trait aux événements, aux biens et aux personnes », il est facile d’imaginer dans quelle mesure l’industrie de l’assurance peut bénéficier de l’adoption des registres distribués.

 

La firme EY estime que les cadres de l’industrie de l’assurance ne devraient pas être sceptiques face au battage publicitaire qui entoure la technologie de la chaîne de blocs. Comme le souligne EY, la capacité qu’a cette technologie d’augmenter la confiance et la transparence « affecte les fondements mêmes de l’industrie de l’assurance. Après tout, les liens de confiance et l’engagement à verser des indemnités qui caractérisent l’industrie sont des principes fondés sur la divulgation de renseignements exacts quant à l’intérêt du client dans le risque assuré, sur la conclusion d’une entente entre les parties et sur le versement en temps utile des sommes dues. »

 

Bien entendu, l’adoption de la technologie de la chaîne de blocs au sein de l’industrie exigera des investissements de temps et d’argent. En raison de la quantité de données conservées dans un registre distribué, l’extensibilité de la chaîne constituera aussi un défi. D’autres activités, comme la migration des anciennes données d’affaires vers la chaîne de blocs, la programmation des contrats intelligents et l’uniformisation des données détenues par les participants à la chaîne de blocs, pourraient poser problème. Enfin, des questions juridiques et réglementaires pourraient entrer en jeu.

 

L’industrie de l’assurance est prudente de nature. Elle est donc peu susceptible d’être à l’avant-garde en matière de technologie. Heureusement, le secteur bancaire a pris les devants dans le dossier de la technologie de la chaîne de blocs et l’industrie de l’assurance bénéficiera certainement de l’expérience acquise par les banques. Cependant, nombreux sont ceux qui croient que l’industrie de l’assurance devrait investir maintenant dans ce secteur afin d’être en mesure de tirer avantage des gains d’efficacité et des possibilités que la technologie de la chaîne de blocs peut offrir à long terme.

 

AVANTAGE mensuel

Le présent article fait partie de la bibliothèque en ligne AVANTAGE mensuel, accessible à tous et publiée par la Société des PAA, afin que ses membres, de même que l’industrie de l’assurance de dommages, puissent en bénéficier. Les articles sur des sujets d’actualité présentent une analyse détaillée des tendances observées et des questions à l’ordre du jour, en précisant le contexte qui les entoure ainsi que leur incidence; ils présentent également des commentaires formulés par des spécialistes du domaine dont il est question.

La Société des PAA représente plus de 18 000 diplômés des programmes de Fellow, Professionnel d’assurance agréé (FPAA) et de Professionnel d’assurance agréé (PAA) de l’Institut d’assurance du Canada. En tant que division des professionnels de l’Institut, la Société a pour mission de favoriser la progression de la formation, de l'expérience, du sens éthique et de l’excellence de ses membres. Elle offre un certain nombre de programmes visant à promouvoir les titres professionnels de PAA et de FPAA, le perfectionnement professionnel continu, la déontologie et le mentorat, en plus d’offrir des prix nationaux du leadership et des travaux de recherche sur des sujets d’intérêt qui ont une incidence sur l’industrie canadienne de l’assurance de dommages.