Les chaînes d’approvisionnement : risques et résilience

Par Ingrid Sapona    |     Septembre 2018    |    Lecture de 24 minutes


Comme l’a adroitement fait remarquer un commentateur de l’industrie, les chaînes d’approvisionnement mondiales existent depuis que des caravanes de négociants sillonnent la Route de la soie pour vendre des marchandises. Toutefois, la montée de la globalisation et la recherche de nouvelles façons de faire en vue de réduire les coûts d’exploitation et d’améliorer l’efficacité des organisations ont considérablement modifié les secteurs de la fabrication et du commerce. Il en va de même pour les chaînes d’approvisionnement : leur complexité et les types de perturbations pouvant les affecter ont bien changé depuis l’époque du commerce le long de la Route de la soie. De plus, les changements climatiques, l’imposition de tarifs douaniers et les menaces croissantes dans le domaine des échanges commerciaux ont mis en évidence l’importance que l’on doit accorder à la gestion des risques liés à la chaîne d’approvisionnement.

Il n’est pas rare de trouver des articles et d’autres sources d’information en ligne où il est question d’« assurance de la chaîne d’approvisionnement », mais un examen plus approfondi montre qu’en général, il ne s’agit pas de produits autonomes et nettement différenciés. Jeff Abramson, chef, Risques de spécialités, risques politiques, crédit commercial et cautionnements pour l’Amérique, au sein de la firme XL Catlin, émet l’hypothèse que ces nombreuses mentions découlent peut-être d’un glissement sémantique. « Je crois que les gens utilisent le terme ʻchaîne d’approvisionnementʼ dans un sens large, parce qu’il évoque les activités des entreprises. Ils s’en servent pour désigner les différents aspects d’événements susceptibles d’avoir une incidence sur une chaîne logistique », ajoute M. Abramson.

Dans le présent article, nous aborderons certains risques liés aux chaînes d’approvisionnement ainsi que différentes solutions d’assurance permettant de gérer ces risques particuliers.

Les répercussions des ruptures de la chaîne d’approvisionnement

Il est difficile de trouver des statistiques fiables au sujet des répercussions qu’ont les ruptures sur les chaînes d’approvisionnement à l’échelle mondiale. L’une des rares sources pouvant fournir des renseignements à ce sujet est le rapport EventWatch 2017 de la firme Resilinc sur les ruptures de la chaîne d’approvisionnement. Bien que ce rapport ne fournisse pas de données financières précises, il contient des statistiques intéressantes, notamment celles-ci :

- En 2017, les ruptures affectant les chaînes d’approvisionnement ont pratiquement doublé à l’échelle mondiale;
- Les catastrophes naturelles et les phénomènes météorologiques constituent l’une des principales causes de rupture des chaînes d’approvisionnement à l’échelle mondiale;
- Tous les secteurs industriels ont rapporté une augmentation des ruptures, l’industrie automobile étant celle qui a été la plus touchée;
- 32 % des sociétés sur lesquelles est fondé l’indice S&P 500 ont connu de telles ruptures.

Les économistes qui étudient les répercussions mondiales des phénomènes météorologiques imprévus ont remarqué que « depuis le début du 21e siècle, l’évolution structurelle du réseau d’approvisionnement mondial a été telle qu’elle a favorisé l’augmentation des pertes de production découlant de phénomènes météorologiques ». Quand il est question d’attribuer une valeur à ces pertes, certains experts estiment que leur coût se chiffre en milliards de dollars : « Au cours des vingt dernières années, les coûts associés aux perturbations des chaînes logistiques résultant d’événements météorologiques extrêmes ont connu une hausse vertigineuse, atteignant en moyenne des dizaines de milliards de dollars par année. »

Le groupe d’experts-conseils en chaîne d’approvisionnement de la société IBM a aussi présenté des statistiques sur l’incidence économique de divers événements hautement médiatisés qui ont affecté les chaînes logistiques, comme l’éruption d’un volcan islandais en 2010 et le tsunami de 2011, au Japon. Et pour rendre la lecture de ces données encore plus intéressante, le site Web d’IBM présente le tout sous forme d’un « jeu » en ligne innovateur.

Bien que le rapport de la firme Resilinc souligne que les catastrophes naturelles et les phénomènes météorologiques ont été des causes de perturbation majeures en 2016 et 2017, il indique aussi que beaucoup d’autres facteurs moins médiatisés menacent l’intégrité des chaînes d’approvisionnement : « ...il est évident que les événements à fréquence élevée et à faible incidence, qui peuvent passer inaperçus pour la plupart des gens, constituent non seulement la majeure partie des facteurs pouvant perturber une chaîne d’approvisionnement, mais que l’on devrait leur accorder autant d’attention que les événements perturbateurs à grande échelle qui causent des dommages importants ».

Quelles organisations sont à risque de subir une rupture de leur chaîne d’approvisionnement?

Toute entreprise devant faire transporter des objets physiques d’un endroit à un autre est susceptible de subir une rupture de sa chaîne d’approvisionnement. Contrairement à la croyance populaire voulant que les chaînes d’approvisionnement moins longues et moins complexes soient plus efficaces, une chaîne plus courte n’est pas nécessairement meilleure. En fait, les modèles étudiés montrent que les chaînes d’approvisionnement plus longues sont plus résilientes en cas d’événements météorologiques extrêmes.

La taille ou le degré de sophistication d’une entreprise ne la soustrait pas nécessairement aux perturbations éventuelles de sa chaîne logistique. Un article récemment publié prouve que même les sociétés respectées et de grande taille peuvent se retrouver en fâcheuse position en raison de ruptures dans leur chaîne d’approvisionnement. Au début du mois d’août 2018, la société qui fabrique les circuits intégrés qui sont installés dans les iPhone d’Apple a été contrainte de fermer plusieurs de ses usines, car un virus affectait le bon fonctionnement de ses outils de fabrication. Le virus s’est propagé pendant qu’un fournisseur du fabricant procédait à l’installation d’un logiciel. Par conséquent, le fabricant taïwanais de circuits intégrés a dû informer Apple que les livraisons du nouveau iPhone pourraient être retardées. Ce qui est le plus surprenant à la lecture de cet article est sans doute d’apprendre que ce fabricant était le seul fournisseur de circuits intégrés pour les iPhone d’Apple.

Dans quelles régions les ruptures de la chaîne d’approvisionnement sont-elles les plus susceptibles de survenir?

Lorsqu’on demande aux professionnels en gestion de la chaîne d’approvisionnement dans quelle région du globe les ruptures consécutives à des catastrophes naturelles sont les plus susceptibles de survenir, la plupart d’entre eux indiquent que c’est en Asie, en raison de la fréquence des typhons et des tremblements de terre. En 2017, toutefois, c’est l’Amérique du Nord qui a été la région la plus touchée par les ruptures de la chaîne d’approvisionnement découlant de phénomènes naturels, notamment des tempêtes et d’importants feux de forêt.

Fait intéressant à noter, ce ne sont pas uniquement les chaînes d’approvisionnement dont les activités couvrent de larges régions du globe qui sont vulnérables aux perturbations. Celles dont les activités sont concentrées dans une zone plus restreinte sont également sensibles à ces phénomènes. Comme l’ont démontré les ouragans dévastateurs aux États-Unis, en 2017, les chaînes d’approvisionnement nord-américaines sont menacées par les changements climatiques, tout comme les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Les causes à l’origine des ruptures de la chaîne d’approvisionnement

On classe habituellement les causes à l’origine des ruptures de la chaîne d’approvisionnement dans l’une des trois catégories suivantes : catastrophes naturelles, causes anthropiques (d’origine humaine) et causes économiques. Pour chacune de ces trois catégories, des exemples d’événements notables ayant occasionné des ruptures de la chaîne d’approvisionnement sont présentés ci-dessous. Ce sont les catastrophes naturelles qui ont tendance à faire la manchette des journaux, particulièrement si elles sont attribuables aux changements climatiques. Pourtant, pour nombre d’entreprises, les ruptures de la chaîne d’approvisionnement causées par des facteurs anthropiques ou économiques peuvent être encore plus dévastatrices.


Les catastrophes naturelles

Les ouragans et les typhons causant d’importantes inondations – En 2011, la mousson a entraîné des inondations massives en Thaïlande. Ces inondations ont perturbé les activités de l’industrie électronique du pays (environ 25 % de la production mondiale des disques durs y est concentrée), ainsi que celles de l’industrie automobile (Honda, Nissan, Toyota, Ford et Mitsubishi ont dû suspendre leur production de voitures).

Les éruptions volcaniques – L’éruption du volcan islandais Eyjafjallajökull, en 2010, a entraîné l’annulation de nombreux vols sur une période de plusieurs jours. Ainsi, plus de 100 vols de la société Fedex ont été annulés et il en a résulté un cauchemar logistique.

Les tremblements de terre et les tsunamis – En 2011, un tremblement de terre et un tsunami ont frappé le Japon, entraînant la fermeture de diverses usines, y compris une usine qui fabriquait 60 % de la production mondiale de débitmètres d’air destinés aux moteurs automobiles. De plus, au cours des mois suivants, des réductions de tension tournantes ont retardé la production dans beaucoup d’autres régions du pays, perturbant encore plus les activités économiques du pays.

Les feux incontrôlés – En 2016, des feux incontrôlés en Californie ont coupé les principales voies de transport par route et par rail.

Les pannes d’électricité – L’ouragan Maria, qui s’est abattu sur Porto Rico en 2017, a causé des pannes de courant dans l’île, interrompant la production et la distribution de produits pharmaceutiques. Selon la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis, environ 10 % des produits pharmaceutiques consommés par les habitants des États-Unis sont produits à Porto Rico. Cette interruption des activités de production et de distribution a donc eu des répercussions sur l’ensemble du système de santé américain.


Les causes anthropiques

Les conteneurs perdus en mer – Durant la période 2014-2016, une moyenne de 1 390 conteneurs maritimes a été perdue en mer chaque année.

Les incendies – En 2016, un incendie survenu dans un entrepôt de la société Gap, dans l’État de New York, a endommagé plus de 30 % de la superficie des locaux servant aux activités de distribution de l’entreprise. Cela a entraîné un ralentissement de ses activités durant la période des Fêtes. Les incendies d’usines, comme celui qui a frappé le bâtiment du Rana Plaza en 2013, entraînent le décès de travailleurs et anéantissent le moyen de subsistance d’autres employés, en plus de désorganiser les chaînes d’approvisionnement.

Les attaques terroristes – Les attaques terroristes du 11 septembre 2001 ont entraîné la fermeture de la frontière canado-américaine pendant plusieurs jours.

Les cyberattaques – Comme nous l’avons vu précédemment, en août 2018, Apple a dû faire face à des retards de production : un virus affectait le bon fonctionnement de l’équipement du fabricant qui fournit les principaux composants installés dans les iPhone.

Les arrêts de production à des fins d’entretien et de réparations – En juin 2018, la fermeture d’usines de fabrication de dioxyde de carbone (CO2) en Europe, à des fins d’entretien périodique et de réparations, a entraîné une pénurie de dioxyde de carbone au Royaume-Uni, freinant la production de bière et d’autres produits alimentaires. Les magasins d’alimentation et les bars ont dû composer avec des quantités limitées de certains produits.

Les interruptions de travail – Les grèves qui sévissent dans les ports, le secteur ferroviaire et d’autres entreprises de transport peuvent interrompre les activités d’expédition des marchandises.

Le Brexit – On ne sait pas encore si la sortie éventuelle du Royaume-Uni de l’Union européenne aura des répercussions sur les chaînes d’approvisionnement, et dans quelle mesure celles-ci seront touchées, mais il semble inévitable qu’il y aura des perturbations.


Les causes économiques

Les manquements contractuels des fournisseurs – La société Hanjin Shipping a fait faillite en 2016-2017. Elle était alors le septième plus important transporteur de conteneurs au monde. Il s’agit là d’un exemple classique des répercussions considérables que des forces économiques peuvent avoir sur de multiples chaînes d’approvisionnement. En raison de la débâcle financière de la société Hanjin, des marchandises sont restées bloquées sur des navires, à qui on avait refusé l’autorisation d’accoster dans des ports pour les décharger. Selon un rapport, la valeur des marchandises laissées pour compte à la suite de la faillite de la société s’élevait à 14 milliards de dollars US.

Les différends commerciaux – À cause du différend commercial qui oppose actuellement les États-Unis et la Chine, des fabricants envisagent de délaisser leurs sites de production à l’étranger afin de les ramener dans leur propre pays.

Jusqu’ici, l’année 2018 a été une année record en ce qui a trait aux événements pouvant affecter les chaînes d’approvisionnement : des tremblements de terre, des feux incontrôlés, des inondations massives, des éruptions volcaniques, des effondrements de ponts et l’émergence de guerres commerciales.

Les ruptures causées par les tarifs douaniers et autres mesures protectionnistes

L’imposition de tarifs douaniers peut avoir une incidence économique et amener les entreprises à apporter des changements à leur chaîne logistique. Certaines chaînes d’approvisionnement pourraient être affectées si des gouvernements décident d’adopter des mesures protectionnistes qui restreignent ou interdisent l’importation ou l’exportation de biens, qui ciblent des entreprises en particulier en leur imposant des restrictions précises, ou qui confisquent les avoirs de sociétés étrangères.

« Les sujets de l’heure dans les forums économiques sont les perturbations éventuelles dans les échanges commerciaux, l’émergence de guerres commerciales et la montée du protectionnisme », déclare Daniel Riordan, président, Risques politiques, crédit commercial et cautionnements, au sein de la firme XL Catlin. « Le passage d’une économie mondiale interconnectée à une économie plus compartimentée, fondée sur des blocs régionaux de pays, est un sujet qui retient l’attention de rédacteurs production comme nous, qui nous spécialisons dans ce type de produits d’assurance », ajoute-t-il.

« En tant que rédacteurs production œuvrant dans le domaine de l’assurance des risques politiques et de l’assurance crédit commercial, nous étudions constamment les enjeux mondiaux de nature économique, sociale et politique. À nos yeux, des pays qui s’entendent et qui commercent ensemble sont une source de retombées positives. Nous sommes préoccupés par la possibilité que si les tensions actuelles se poursuivent, que si on continue d’imposer des tarifs douaniers et de pratiquer une stratégie du bord de l’abîme, cela pourrait affecter le produit intérieur brut (PIB) mondial et certaines entreprises. Ces dernières pourraient devenir moins efficaces ou être incapables de se procurer les intrants importants dont elles ont besoin pour assurer la production de leurs produits, ou encore, d’y avoir accès à un prix abordable », explique M. Riordan.

Ces tendances protectionnistes ont toutefois quelques effets positifs, comme l’attention accrue que l’on porte à la gestion des risques en matière d’approvisionnement. Daniel Riordan souligne que les professionnels de sa firme ont remarqué une légère hausse du nombre de propositions d’assurance reçues, principalement en assurance risques politiques et en assurance crédit commercial. « L’incertitude qui règne dans les marchés engendre de l’inquiétude. En retour, cette inquiétude amène les entreprises à réévaluer les accords qu’elles ont conclus et les relations qu’elles entretiennent, avec leurs fournisseurs. Les entreprises examinent la pertinence et la structure de ces relations dans le but de renforcer leur résilience en cas d’éventuelles perturbations. Il n’y a pas que des effets négatifs associés aux tendances protectionnistes. Le climat actuel amène aussi les entreprises à réévaluer leur mode de gestion des risques et à se demander s’il est adéquat. Elles étudient des scénarios afin de planifier diverses solutions de repli dans l’éventualité où elles n’auraient plus accès à l’un de leurs fournisseurs. Les entreprises examinent, entre autres, des solutions faisant appel à la redondance et elles s’assurent de la fiabilité des contrats conclus afin qu’aux premiers signes de difficultés, elles ne se retrouvent pas dans une situation catastrophique », ajoute M. Riordan.

Gérer les risques liés à la chaîne d’approvisionnement

Des facteurs comme la gestion des stocks à la limite, les changements climatiques, les phénomènes météorologiques extrêmes, ainsi que la mondialisation contribuent à augmenter les risques pouvant affecter la chaîne d’approvisionnement. Pourtant, un sondage réalisé auprès de plus de 150 entreprises, et rendu public en 2015, révèle que 90 % de ces entreprises ne se préoccupaient pas de faire évaluer formellement les risques pouvant affecter leur chaîne logistique au moment d’externaliser leur production et qu’aucune de ces entreprises n’avait eu recours à des conseillers externes pour les aider à évaluer ces risques.

De même, bien que les ruptures de la chaîne d’approvisionnement figurent parmi les dix risques les plus importants de l’industrie de la transformation des aliments et des boissons, seulement 58 % des entreprises de ce secteur déclaraient avoir mis en place des mesures pour remédier à d’éventuelles perturbations de leur chaîne d’approvisionnement. À titre comparatif, un sondage mené par Aon a révélé que 82 % de ces mêmes entreprises avaient mis en place des procédures en cas de rappel de produits.

Compte tenu de la complexité des chaînes logistiques et des risques importants auxquels elles exposent les entreprises, un certain nombre de courtiers et d’experts-conseils fournissent des services d’évaluation et de gestion des risques liés aux chaînes d’approvisionnement. Ainsi, la société Zurich offre de tels services d’évaluation de risques. « Grâce à ces services, les entreprises peuvent souvent repérer d’éventuels blocages dans leur chaîne d’approvisionnement et trouver des solutions », déclare Markus Franc, directeur, Souscription des entreprises, au sein de Zurich Compagnie d’assurance SA. « Nos spécialistes en gestion de risques aident les entreprises à quantifier leurs risques financiers et à décider, par exemple, si elles doivent trouver un deuxième fournisseur. Souvent, l’évaluation des risques officialise des choses que les employés de l’entreprise savaient probablement déjà, mais ils apprécient vraiment qu’un spécialiste externe analyse la situation. Les frais facturés pour ces services d’évaluation varient, mais il s’agit habituellement d’un taux horaire qui est raisonnable, compte tenu des moyens financiers des grandes entreprises », ajoute M. Franc.

Bien que les méthodes d’évaluation varient selon les sociétés, certaines ayant même mis au point des processus qui leur sont propres, elles comportent généralement les étapes suivantes :

Audit de la chaîne d’approvisionnement – À cette étape, on examine et on cherche à comprendre tous les liens individuels que comprend la chaîne d’approvisionnement, ainsi que la logistique des déplacements de produits le long de cette chaîne.

Évaluation des risques applicables à chacun des liens (fournisseurs) dans la chaîne – On examine l’emplacement des fournisseurs. On évalue des éléments comme les risques politiques, les risques liés au climat et aux catastrophes, ainsi que les cyberrisques. On détermine dans quelle mesure chaque fournisseur contribue aux revenus de l’entreprise. Il faut aussi évaluer les mesures de protection contre les catastrophes et les perturbations qui ont été mises en place par les fournisseurs, la logistique des déplacements de biens entre les fournisseurs et les sous-fournisseurs, ainsi que la portée et l’incidence des dispositions des contrats en vigueur (comme les clauses de force majeure).

Formulation de suggestions précises en matière de gestion des risques – À cette étape, on recommande des mesures d’atténuation des risques : le recours à de nouveaux ou à un plus grand nombre de fournisseurs, l’augmentation des stocks conservés sur place, l’utilisation de nouvelles technologies telles les imprimantes 3D afin de réduire la dépendance de l’entreprise envers ses fournisseurs, et l’élaboration de plans d’urgence, de méthodes de transfert du risque et d’un programme d’assurance complet.

Surveillance constante (en temps réel) des risques liés à la chaîne d’approvisionnement – La surveillance en temps réel des risques permet à l’entreprise de modifier son calendrier de production et ses trajets d’expédition de marchandises, et de coordonner les activités de ses fournisseurs le long de la chaîne d’approvisionnement afin de minimiser les conséquences d’éventuelles ruptures. Par exemple, des sociétés mettent à la disposition de leurs clients des cartes où figurent des observations sur la façon dont la chaleur et la pluie peuvent affecter des récoltes particulières. Des logiciels permettent aussi aux entreprises de faire le suivi de leurs marchandises jusqu’à 10 jours avant la livraison, tout en fournissant des alertes détaillées sur les tempêtes et d’autres facteurs qui pourraient retarder la cargaison.

L’assurance : un outil de gestion des risques de la chaîne d’approvisionnement

Bien entendu, l’assurance est l’un des outils de gestion du risque que les entreprises envisageront habituellement de se procurer. La présente section abordera certains produits d’assurance qui sont offerts sur le marché pour réduire les risques associés aux chaînes d’approvisionnement.

L’assurance de la chaîne d’approvisionnement

Brian Kelly, associé directeur, Gestion de risque, au sein de la société BFL Canada, souligne que, jusqu’à récemment, la société Zurich offrait une formule étendue d’assurance couvrant les chaînes d’approvisionnement. « Cette assurance englobait plusieurs risques non couverts par l’assurance conventionnelle, y compris l’insolvabilité des fournisseurs et des transporteurs, le blocage des ports, les grèves, le déni d’accès et les risques politiques, pour n’en nommer que quelques-uns. La garantie était très étendue, mais le processus d’appréciation du risque était complexe et les tarifs étaient élevés en comparaison avec d’autres types de produits d’assurance », ajoute-t-il. Markus Franc, de la société Zurich, confirme qu’au cours des sept dernières années, sa société a effectivement offert des services d’évaluation du risque et une assurance adaptés aux chaînes d’approvisionnement. « Il existe un réel intérêt sur le marché pour ces produits, tant de la part des courtiers que des consommateurs. Nous possédons d’excellents outils permettant d’évaluer et de quantifier les risques. Dans plusieurs cas sur lesquels nous avons travaillé, l’évaluation a permis au client de prendre lui-même en main la gestion de sa chaîne logistique, sans avoir recours à une solution de transfert de risques. En raison de la garantie très étendue de notre produit de transfert de risques, le processus d’évaluation actuel est complexe. Bien que Zurich continue d’offrir des services d’évaluation du risque, nous sommes en train de revoir notre offre de produits dans le but d’ajouter plus d’options. »

Zurich traite ce produit d’assurance de la chaîne d’approvisionnement comme une extension de l’assurance contre la carence des fournisseurs ou des clients, laquelle est elle-même intégrée à une police d’assurance des biens et des pertes d’exploitation des entreprises. En général, Zurich n’acceptera d’offrir une assurance de la chaîne d’approvisionnement qu’aux clients ayant déjà souscrit une police d’assurance des biens et des pertes d’exploitation des entreprises auprès de Zurich.

C’est après les inondations de 2011, en Thaïlande, et le tremblement de terre qui est survenu au Japon, à peu près en même temps, que Zurich a élaboré ce produit. « Ces événements ont démontré à quel point les entreprises sont dépendantes de leurs fournisseurs dans les régions du monde qui sont particulièrement exposées aux catastrophes naturelles. Il peut survenir un incident très localisé, touchant une région bien précise, mais ses répercussions seront néanmoins ressenties partout dans le monde », fait remarquer Markus Franc.

« J’ai l’impression que la plupart des clients qui s’intéressent aux chaînes d’approvisionnement souhaitaient initialement se procurer une garantie couvrant un large éventail de risques dans ce domaine. Toutefois, le processus d’appréciation du risque pour une garantie aussi étendue exige la collecte d’une grande quantité de renseignements et de nombreux échanges d’information. De plus, ce produit est devenu dispendieux, comparativement à d’autres branches d’assurance conventionnelles », déclare Brian Kelly, de la firme BFL Canada. « Une approche plus pragmatique, et moins coûteuse, consiste à concentrer le processus d’appréciation du risque sur certains risques susceptibles d’avoir de graves répercussions financières. Par exemple, lors de l’étude du dossier d’un grand détaillant, nous avons circonscrit les risques importants auxquels il était exposé comme suit : 1) risque de blocage dans deux ports importants d’Asie ainsi qu’au port de Vancouver; 2) risque de grève des employés du CN ou du CP; et 3) risque d’insolvabilité de l’une des cinq plus importantes sociétés de transport maritime au monde. La garantie proposée visait à couvrir les frais supplémentaires engagés et les revenus perdus pendant une période prédéterminée, permettant ainsi au détaillant de mettre en place d’autres solutions logistiques. Les renseignements que le client devait nous fournir portaient principalement sur le nombre de conteneurs qui seraient touchés pendant la période d’indemnisation, les frais supplémentaires à payer pour le réacheminement des marchandises et les revenus perdus, le cas échéant. Pour l’assuré, ce fut simple de recueillir les renseignements requis pour l’analyse. Je crois qu’une telle approche inciterait plus de clients à se procurer ce produit d’assurance. »

M. Kelly ajoute que la police d’assurance proVisionMD de la société Affiliate FM constitue une bonne solution pour les clients qui se préoccupent des ruptures de la chaîne d’approvisionnement causées par des risques conventionnels en assurance des biens comme l’incendie, l’explosion et les catastrophes naturelles. « La garantie entre en jeu lorsqu’un bien assuré aux termes d’une assurance des biens, formule tous risques, subit des dommages du fait de la réalisation d’un risque couvert. La garantie couvre alors les frais supplémentaires engagés par l’assuré ainsi que les revenus perdus en raison de la perturbation. Cette police prévoit un sous-montant de garantie intégré d’environ 500 000 $, qui peut être augmenté en fonction de l’intérêt du rédacteur production à souscrire ce risque particulier. L’assurance de la chaîne d’approvisionnement diffère de l’assurance contre la carence des fournisseurs ou des clients en ce qu’elle prévoit aussi une garantie qui s’applique aux locaux des fournisseurs indirects, des clients et des fournisseurs de services contractuels. »

« Un certain nombre d’assureurs basés à Londres offrent aussi des produits d’assurance de la chaîne d’approvisionnement, mais ces assureurs couvrent principalement les dommages matériels causés par des catastrophes naturelles, ce qui est une préoccupation de nature générale pour plusieurs entreprises », ajoute M. Kelly.

L’assurance contre la carence des fournisseurs ou des clients

L’assurance contre la carence des fournisseurs ou des clients existe sur le marché depuis longtemps déjà et la plupart des contrats d’assurance des biens comprennent ce type de garantie sous une forme ou sous une autre. En revanche, Brian Kelly indique que l’intérêt des assureurs à couvrir des fournisseurs ou des clients non désignés varie en ce qui a trait au sous-montant de garantie qu’ils sont disposés à offrir, alors que d’autres assureurs n’acceptent de couvrir que les fournisseurs ou les clients désignés. Les risques non désignés aux termes d’une assurance contre la carence des fournisseurs ou des clients seront habituellement assujettis à un sous-montant de garantie standard et peu élevé. Pour leur part, les risques désignés aux termes d’une telle assurance pourront être quantifiés par les assureurs et assujettis à des montants de garantie qui varieront en fonction de l’évaluation qui en aura été faite.

M. Kelly, qui réalise des vérifications d’assurance préalables dans le cadre de transactions de fusion et d’acquisition, voit souvent des cas où le risque à assurer aux termes d’une assurance contre la carence des fournisseurs ou des clients n’a pas été examiné et quantifié. Dans de tels cas, l’assureur accorde souvent un sous-montant de garantie standard, très peu élevé et purement « décoratif », qui sera probablement largement insuffisant. Ce phénomène est plus répandu dans le marché des petites et moyennes entreprises puisque, généralement, les gestionnaires de risques passent régulièrement en revue les risques couverts aux termes d’une assurance contre la carence des fournisseurs ou des clients.

L’assurance contre la carence des fournisseurs ou des clients protège l’assuré contre les pertes financières et les coûts d’exploitation accrus qu’il pourrait subir en raison de dommages matériels occasionnés à certains de ses biens se trouvant dans les locaux d’un fournisseur ou d’un client. Fait à noter, il n’est pas nécessaire que le fournisseur ou le client ait complètement cessé ses activités pour que l’assuré puisse présenter une demande d’indemnité aux termes de l’assurance contre la carence d’un fournisseur ou d’un client. Il suffit qu’un sinistre couvert survienne à un emplacement assuré aux termes du contrat d’assurance et que ce sinistre entraîne l’interruption des activités de l’assuré.

M. Kelly souligne qu’il est particulièrement important de comparer la garantie couvrant les risques liés aux catastrophes naturelles aux répercussions financières anticipées si des risques couverts aux termes d’une assurance contre la carence des fournisseurs ou des clients se réalisent dans des régions à haut risque de catastrophes naturelles. « Les répercussions financières peuvent être dévastatrices si l’entreprise n’est pas adéquatement assurée, particulièrement lorsque plusieurs risques couverts aux termes de l’assurance contre la carence des fournisseurs ou des clients sont situés dans la même région et qu’ils sont vulnérables au même type de catastrophe naturelle. Avant d’augmenter le montant de garantie aux termes d’un contrat d’assurance contre la carence des fournisseurs ou des clients, la plupart des assureurs vont exiger de connaître l’adresse des risques situés dans des zones à haut risque de catastrophe naturelle puisqu’ils doivent aussi tenir compte du risque total qu’ils sont en mesure de prendre en charge pour un même événement. »

Tout comme la gestion des risques liés à la chaîne d’approvisionnement est devenue plus compliquée pour les entreprises, il est devenu plus ardu pour les assureurs de fournir les services qu’exige une assurance contre la carence des fournisseurs ou des clients, en raison des multiples répercussions que peut avoir un sinistre. « Par le passé, la garantie prévue aux termes d’une assurance contre la carence des fournisseurs ou des clients entrait habituellement en jeu lorsque survenaient des sinistres isolés. Aujourd’hui, ce sont les catastrophes naturelles qui constituent la principale source de risques et les compagnies d’assurance y sont déjà exposées en vertu d’autres types de contrats d’assurance. »

L’assurance contre les risques politiques

La carte des risques politiques de la société Aon catégorise les risques politiques associés à divers pays en fonction d’un certain nombre de critères. La rupture de la chaîne d’approvisionnement est l’un de ces critères. L’assurance contre les risques politiques s’adresse aux entreprises qui exercent leurs activités dans un environnement géopolitique imprévisible. « Ce produit n’est pas uniquement réservé aux marchés émergents. Nous avons une gamme de produits appelés ʻpolices multi-paysʼ. Ces polices couvrent des entreprises qui détiennent des investissements partout dans le monde, y compris, souvent, dans des pays développés », déclare Daniel Riordan.

Pour en savoir plus sur l’assurance contre les risques politiques, consultez l’article paru en mai 2015, dans le cadre de la série d’articles sur des sujets d’actualité de l’Institut.

L’assurance risques politiques vise à couvrir les risques qui ne sont pas couverts aux termes d’autres contrats d’assurance conventionnels. Bien que les risques couverts aux termes d’une assurance contre les risques politiques puissent varier et être adaptés à des situations particulières, ce type de contrat prévoit souvent une garantie couvrant les ruptures de la chaîne d’approvisionnement qui sont occasionnées par des risques politiques, y compris les embargos sur les exportations et l’annulation de permis. Si l’assuré signe des contrats avec un gouvernement étranger et que ce gouvernement adopte des mesures qui compromettent le contrat, l’assurance contre les risques politiques couvrira une telle situation. De même, ce type d’assurance pourra intervenir si les biens qu’une entreprise possède dans une région étrangère couverte aux termes du contrat sont expropriés.

Selon Daniel Riordan, de la société XL Catlin, si des mesures protectionnistes permettent aux gouvernements d’exproprier les actifs d’une entreprise ou de nationaliser certaines industries, il est alors possible que l’entreprise touchée subisse une perte découlant d’un risque politique. « Supposons qu’une société qui n’est pas américaine ou nord-américaine exploite une concession ou une usine de fabrication, et que des mesures protectionnistes entraînant une nationalisation ou une limitation du droit de la société à gérer ses activités soient mises en place. Si les mesures adoptées sont sans fondement ou si elles ciblent un groupe ou une entreprise en particulier à cause de sa nationalité, alors ces mesures pourraient entraîner des pertes liées à un risque politique », déclare M. Riordan. Toutefois, la simple imposition de tarifs douaniers ne constituerait pas un risque politique couvert. « L’assurance risques politiques ne protège pas l’assuré contre la capacité normale d’un pays à promulguer des lois et des règlements. Pour qu’une mesure soit couverte aux termes du contrat d’assurance, elle doit être jugée discriminatoire ou avoir la capacité d’entraîner une expropriation. La mesure adoptée doit priver l’assuré de sa capacité à exploiter ou à utiliser ses investissements », souligne M. Riordan.

Les garanties couvrant la violence politique

Certains types de violence politique, comme les insurrections, les grèves ou les émeutes, peuvent perturber les chaînes d’approvisionnement et sont souvent couverts aux termes d’une assurance contre les risques politiques.

« Les situations de conflit, les mesures protectionnistes, les guerres commerciales sont autant d’éléments susceptibles d’entraîner de la violence, que ce soit une guerre, une insurrection ou des troubles civils. Des installations risquent aussi d’être endommagées en raison de ces actes de violence, nuisant ainsi aux activités de diverses chaînes d’approvisionnement », indique Daniel Riordan. « Parfois, nous recevons aussi des demandes d’indemnité pour des pertes d’exploitation liées à des garanties couvrant la violence politique. Si des dommages provoquent la rupture d’une chaîne d’approvisionnement pendant un certain temps, nous pouvons verser une indemnité pendant une période allant de 6 à 12 mois pour couvrir les intrants de production ou les frais découlant de la fermeture des installations à la suite d’actes de violence politique. Les installations doivent toutefois être reconstruites », ajoute M. Riordan.

L’assurance crédit commercial

L’assurance crédit commercial garantit le paiement des créances d’une entreprise en cas de défaut de paiement d’un débiteur. L’imposition de tarifs douaniers et d’autres mesures protectionnistes peut occasionner des ruptures de la chaîne d’approvisionnement qui, à leur tour, entraîneront des difficultés financières pour certains acheteurs. Ces derniers seront alors contraints de manquer à leurs obligations contractuelles ou de négliger le paiement de sommes dues.

« Le produit d’assurance crédit commercial le plus indiqué dans le contexte d’une chaîne d’approvisionnement est celui qui se concentre sur la fin de la chaîne, c’est-à-dire sur le produit de la vente que l’on souhaite protéger. Les assureurs de grande taille qui, comme nous, pratiquent des opérations d’assurance dans une seule branche et offrent de la réassurance en excédent de sinistre, soutiennent généralement les activités des entreprises en garantissant le paiement de leurs comptes débiteurs en cas de défaut de paiement de l’acheteur. L’assurance crédit commercial intervient principalement au niveau du financement de la chaîne d’approvisionnement d’une entreprise », déclare Jeff Abramson, de la société XL Catlin.

« Par exemple, il peut arriver que les clients d’une entreprise fassent pression sur celle-ci afin qu’elle leur accorde des modalités de paiement échelonnées sur une plus longue période. En retour, ces demandes inciteront l’entreprise à retarder elle-même le paiement de ses fournisseurs, ce qui les mécontentera probablement. Dans une telle situation, une banque ou un autre type d’institution financière peut mettre en place un programme de financement de la chaîne d’approvisionnement en collaboration avec l’entreprise. Les fournisseurs peuvent alors vendre des marchandises à l’entreprise, mais les comptes débiteurs seront vendus à l’institution financière. Un tel programme de financement permet aux fournisseurs d’être payés très rapidement par l’institution financière au lieu d’attendre que l’acheteur soit en mesure de les payer », explique M. Abramson. « Le produit d’assurance intervient en indemnisant l’institution financière responsable du programme de financement de la chaîne d’approvisionnement. Si l’acheteur ne paie pas son fournisseur, c’est alors la police d’assurance crédit commercial qui entrera en jeu pour protéger la banque ou l’établissement financier non bancaire contre le défaut de paiement. En gros, voilà comment on utilise l’assurance crédit commercial dans le contexte d’une chaîne d’approvisionnement », ajoute-t-il.

L’assurance contre les cyberrisques

Les cyberrisques menacent aussi les chaînes d’approvisionnement, particulièrement en raison du fait que les entreprises permettent à leurs fournisseurs d’avoir accès à leurs réseaux informatiques. Selon la société Aon, « certaines des plus importantes violations de données survenues à ce jour ont été orchestrées par des pirates informatiques qui ont réussi à s’infiltrer dans le système d’un fournisseur tiers pour atteindre les clients de ce dernier. » Le détaillant Target a été victime d’une cyberattaque majeure en 2013. Des malfaiteurs ont alors utilisé les identifiants de connexion d’un fournisseur tiers pour accéder aux systèmes de Target. Dans son rapport Baromètre des risques 2017, la société Allianz indique que les cyberattaques devraient occasionner davantage de perturbations dans les chaînes d’approvisionnement que de dommages matériels.

Certains sinistres de nature informatique peuvent être couverts aux termes d’une assurance des biens, d’une assurance de la responsabilité civile générale ou d’une assurance de la responsabilité civile des administrateurs et des dirigeants, mais rien ne saurait remplacer la souscription d’une police spécialisée d’assurance contre les cyberrisques. « Généralement, une cyberattaque mettra en jeu plusieurs modules de la garantie, notamment les dommages causés aux actifs numériques, la responsabilité civile découlant de la protection de la vie privée, les pertes d’exploitation et les amendes imposées en vertu des normes de sécurité PCI. Une intervention d’urgence bien coordonnée est essentielle pour atténuer l’étendue des dommages et préserver la réputation de l’entreprise touchée. Une police d’assurance contre les cyberrisques couvre les frais engagés lors d’une intervention d’urgence. De plus, les assureurs vérifient les capacités de l’équipe d’intervention en situation de crise, ce qui constitue un avantage indéniable », déclare Brian Kelly. « Dans le contexte d’une chaîne d’approvisionnement, la garantie est mise en jeu par l’interruption, la détérioration ou la défaillance du réseau de l’assuré, mais il est possible d’étendre la garantie aux violations de données survenant dans des entreprises d’hébergement de données ou de services d’infonuagique. Il n’existe pas de garantie globale qui couvre automatiquement les dommages causés par les violations de données survenant dans les locaux d’un client ou d’un fournisseur, mais cette possibilité pourrait être examinée si les renseignements pertinents étaient fournis à des fins d’appréciation du risque », ajoute M. Kelly.

Conclusion

Un sondage récent portant sur la résilience des chaînes logistiques révèle que 51 % des entreprises n’avaient souscrit aucune assurance pour se protéger, malgré les risques évidents auxquels leur chaîne d’approvisionnement les expose. Un certain nombre de raisons sont habituellement avancées pour expliquer pourquoi un si grand nombre d’entreprises n’ont aucune assurance pour protéger leur chaîne logistique. On invoque notamment la complexité des chaînes d’approvisionnement et le fait que, bien que la plupart des entreprises connaissent bien leurs fournisseurs directs, elles ont néanmoins de la difficulté à nommer tous leurs fournisseurs secondaires. D’autres facteurs pouvant contribuer à cet état de fait sont le manque général de connaissances sur les garanties offertes sur le marché et l’absence de produits standard dans ce domaine.

Selon Brian Kelly, de la firme BFL Canada, cette lacune peut aussi s’expliquer par une autre raison. « La plupart des entreprises canadiennes n’ont pas de service interne spécialisé en gestion de risques. Les responsabilités qui incombent normalement à un gestionnaire de risques ou au responsable des assurances dans une entreprise sont plutôt confiées au contrôleur de gestion, au directeur du crédit, au vice-président des finances ou au dirigeant principal des finances. Ayant déjà fort à faire, ces professionnels consacrent peu de temps aux questions d’assurance. Or, pour bien comprendre les répercussions financières des événements affectant la chaîne d’approvisionnement ou pour dresser la liste des risques exigeant une protection d’assurance de la carence des fournisseurs ou des clients, tout en tenant compte du profil de risque qui change constamment, il faut investir beaucoup de temps. Gérer les risques liés à la chaîne d’approvisionnement exige aussi la collaboration de plusieurs personnes, notamment du directeur des services logistiques, du responsable de la qualité des services et des produits fournis par les fournisseurs, et du directeur des achats. Une organisation doit faire preuve d’un haut niveau d’engagement en vue de réunir les ressources nécessaires pour évaluer une chaîne d’approvisionnement adéquatement. Cependant, je crois que la situation s’améliorera dans le futur et que la demande pour les produits d’assurance de la chaîne d’approvisionnement augmentera », affirme M. Kelly.

Comme chaque chaîne d’approvisionnement est unique, les polices d’assurance souscrites doivent être adaptées à chacune d’entre elles, ce qui limite les données disponibles sur les sinistres dont les assureurs ont besoin. Ce manque de données nuit à la mise au point de polices d’assurance standard au sein de l’industrie. Toutefois, compte tenu du fait que les assureurs possèdent une grande expertise dans l’évaluation des risques liés aux chaînes d’approvisionnement et qu’il y a beaucoup d’intérêt dans le marché pour ce type de garantie, ce ne devrait être qu’une question de temps avant qu’un produit d’assurance économique soit offert. Les avancées technologiques pourraient aussi intervenir dans la conception de tels produits. Certaines personnes ont songé aux avantages éventuels que l’on pourrait retirer de chaînes d’approvisionnement faisant appel à la technologie des chaînes de blocs. Cette approche favoriserait une plus grande transparence, une meilleure gestion des chaînes d’approvisionnement et, possiblement, la mise au point de produits d’assurance plus personnalisés à des prix concurrentiels.

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