Tour d’horizon des fusions et acquisitions en 2017

Juillet 2017    |    Par Indrani Nadarajah

L’industrie de l’assurance fait face à des défis sans précédent. En effet, les changements climatiques, des exigences plus contraignantes au chapitre du capital de solvabilité requis, des procédures de gestion des risques plus rigoureuses et des mécanismes de contrôle supplémentaires en matière de risques d’entreprise contribuent à augmenter le fardeau financier de l’industrie. Le Bureau d’assurance du Canada estime qu’à elle seule, la conformité réglementaire coûte des « centaines de millions de dollars » à l’industrie de l’assurance. Ces facteurs constituent la toile de fond des activités de fusion et d’acquisition ayant cours dans le domaine de l’assurance qui, comme les autres secteurs d’activité économique, n’échappe pas à cette tendance.

Le nombre de fusions et d’acquisitions réalisées tant au Canada qu’ailleurs dans le monde est en hausse depuis la crise financière de 2008. Cette tendance se maintient cette année, malgré une légère baisse en 2016. Selon un sondage effectué par la firme KPMG auprès de 200 dirigeants du milieu de l’assurance à l’échelle internationale, 84 % des assureurs planifiaient la mise en œuvre d’une à trois acquisitions chacun en 2017. Parmi les répondants, 94 % ont déclaré qu’ils comptaient se départir d’au moins une entreprise cette année, ce qui, selon KPMG, signale un contexte propice aux transactions financières.

« Pendant l’année 2016, les assureurs ont cherché à comprendre quelle incidence les principaux événements ayant marqué l’actualité, particulièrement le Brexit et les élections aux États-Unis, auront sur le climat des affaires et des investissements partout dans le monde. Et bien que beaucoup de questions restent sans réponse, nous nous attendons à ce que les assureurs reviennent sur le marché pour tirer profit des nouvelles conditions que ces changements ont entraînées durant la seconde moitié de l’année 2017, » déclare Ram Menon, associé et leader des services-conseils internationaux en transactions d’assurance au sein de la firme KPMG, aux États-Unis.

Les études portant sur l’industrie de l’assurance qu’ont réalisées les firmes Fitch Ratings et Conning confirment les conclusions avancées par KPMG. Dans leur rapport de recherche respectif, lesquels ont été publiés à la fin de 2016, les deux firmes indiquent que 2017 sera une autre année marquée par un nombre important de fusions et d’acquisitions.

Selon Chris Waterman, chef des activités d’assurance pour la région Europe, Moyen-Orient et Asie au sein de la firme Fitch Ratings, les principaux facteurs à l’origine des fusions et acquisitions en assurance sont la nécessité d’assurer la croissance des entreprises, le contrôle des dépenses, une rentabilité limitée et des possibilités de croissance restreintes.

Quant aux chercheurs de la firme Conning, ils estiment que l’un des principaux éléments motivant ces fusions et acquisitions est le capital excédentaire actuellement disponible dans l’industrie : les assureurs qui doivent composer avec du capital excédentaire et de bas taux d’intérêt considèrent en effet que les acquisitions constituent la seule option valable qui leur permettra d’assurer leur croissance.

Les acquisitions à l’étranger

On prévoit que le taux de croissance des primes en assurance de dommage à l’échelle mondiale baissera, passant de 2,4 % en valeur réelle, en 2016, à 2,2 %, en 2017. Le taux de croissance de ces primes devrait toutefois augmenter en 2018 pour atteindre 3,0 %, estime le réassureur Swiss Re. Par ailleurs, c’est sur les marchés émergents d’Asie que la croissance des primes en assurance de dommages sera la plus forte. Elle devrait se maintenir autour de 8 % en 2017 et de 9 % en 2018. Ces chiffres sont basés sur le taux de croissance économique prévu des marchés émergents d’Asie, qui devrait atteindre une croissance réelle estimée de 7,3 %. Ce taux est néanmoins plus bas que le taux enregistré en 2015, qui s’établissait à 9 %.

Dans les marchés émergents, les organismes de réglementation ont également assoupli les règles régissant les activités d’assurance. Ainsi, en Chine, la China Insurance Regulatory Commission a simplifié les règles d’assurance relatives aux véhicules commerciaux dans 18 emplacements additionnels, tandis qu’en Inde, l’Insurance Regulatory Development Authority of India a accordé des autorisations d’affaires à 23 réassureurs transfrontaliers. Quant à elle, la Malaisie a mis en œuvre une politique de libéralisation progressive des prix et des tarifs en assurance automobile et incendie, alors que la Thaïlande a augmenté la quantité d’actions avec droit de vote pouvant être détenues par des actionnaires étrangers. Le gouvernement thaïlandais a également assoupli les limites imposées relativement au nombre d’actions pouvant être détenues par des investisseurs étrangers dans les compagnies d’assurance de dommages thaïlandaises. La Thaïlande prévoit aussi déréglementer les primes.

Les assureurs nord-américains, tant en assurance de personnes qu’en assurance de dommages, investissent des sommes considérables dans les occasions de croissance qu’offrent les marchés asiatiques. Par conséquent, certains d’entre eux modifient substantiellement la structure de leur entreprise. Dans une note de recherche, le Crédit Suisse a récemment décrit la société canadienne Financière Manuvie comme une entreprise qui « allait progressivement devenir plus asiatique » puisque jusqu’à 50 % de ses revenus devraient provenir d’Asie d’ici dix ans.

Les données de KPMG suggèrent également que les assureurs souhaitent principalement acquérir des entreprises dans la région Asie-Pacifique plutôt qu’en Amérique du Nord. Près de la moitié des répondants au sondage de KPMG (dont il a été question au début du présent article) ont déclaré concentrer leurs recherches surtout dans la région Asie-Pacifique. Ce pourcentage est deux fois plus élevé que le nombre de répondants qui affirment mener principalement leurs recherches en Amérique du Nord.

La situation au Canada

Selon le Bureau d’assurance du Canada, on comptait, en 2016, plus de 207 assureurs privés en assurance de dommages au Canada. Intact Corporation financière était le plus important assureur canadien, avec 15,59 % des primes originales émises en 2015. Le groupe d’assurance Aviva se classait au second rang des assureurs les plus importants au Canada, avec 8,05 % des primes originales émises. Desjardins occupait le troisième rang (8,02 % des primes originales émises), tandis que TD Assurance venait au quatrième rang (6,02 % des primes originales émises).

Bien que la majorité des assureurs de dommages canadiens espèrent avoir l’occasion de conclure des transactions importantes au chapitre des fusions et des acquisitions, peu d’entreprises, en fait, sont à vendre. Comme ce fut le cas au cours des dix à douze dernières années, il n’y aura qu’une ou deux acquisitions d’importance en 2017, selon George Pigeon, de KPMG Canada.

Déjà, certaines transactions majeures ont été annoncées. En mai, Intact Corporation financière a acquis OneBeacon Insurance Group Ltd, un assureur offrant de l’assurance spécialisée, au coût de 2,3 milliards de dollars canadiens. À peu près au même moment, Intact a annoncé que son revenu net d’exploitation pour le premier trimestre de 2017 avait chuté de plus du tiers par rapport à la même période l’année précédente.

« Nous souhaitons développer nos activités hors du Canada et nous avons déterminé que les compagnies d’assurance américaines de petite et moyenne taille offrant des produits spécialisés et d’assurance des entreprises constituaient un point d’entrée intéressant dans ce marché, » a déclaré Charles Brindamour, chef de la direction d’Intact Corporation financière, durant une conférence téléphonique, après l’annonce de la transaction. « Nous nous attendons à ce que cette acquisition aide notre entreprise à rivaliser plus efficacement avec les assureurs d’envergure internationale et qu’elle renforce nos activités grâce aux nouveaux produits et aux capacités transfrontalières qu’elle met à notre disposition, » a ajouté M. Brindamour.

Fairfax Financial, la société de M. Prem Watsa, s’est également lancée dans une ronde d’acquisitions. En décembre dernier, la société a annoncé qu’elle avait acquis les actifs d’Allied World, un assureur et réassureur suisse qui offre des produits en assurance de dommages et en assurance spécialisée, pour la somme de 4,9 milliards de dollars, versée sous forme d’espèces et d’actions. Au moment de la rédaction du présent article, la société Fairfax avait reçu toutes les autorisations réglementaires requises afin de finaliser l’acquisition. De plus, en février 2017, Fairfax Financial a acheté la société Tower Insurance, un assureur basé en Nouvelle-Zélande, au coût de 197 millions de dollars.

En février 2017, la Compagnie mutuelle d’assurance Wawanesa a conclu une entente avec Desjardins pour acheter ses filiales d’assurance canadiennes Western Financial Group et Western Life Assurance pour une somme de 775 millions de dollars. Jeff Goy, le président et chef de la direction de Wawanesa, a déclaré que cette transaction allait aider l’entreprise à étendre son réseau de courtiers d’assurance indépendants au Canada.

On s’attend également à ce que les cabinets de courtage continuent de faire l’objet d’opérations de fusion et d’acquisition fréquentes puisque plusieurs des dirigeants qui possèdent ces cabinets approchent de l’âge de la retraite. En juin, la Compagnie d’assurance générale Co-operators a acheté Assurance Auclair, un cabinet de courtage de la ville de Québec dont le portefeuille est constitué de contrats d’assurance des particuliers et des entreprises.

En 2016, le nombre de fusions et d’acquisitions ayant pour objet des agences d’assurance a été le deuxième taux le plus élevé jamais enregistré, selon le rapport annuel de la société OPTIS Partners. La base de données d’OPTIS contient des données relatives à 449 ventes ayant été conclues aux États-Unis et au Canada en 2016, ce qui représente une légère baisse par rapport au record historique de 456, atteint en 2015. En tête de liste viennent les ventes d’agences dont les activités sont axées sur l’assurance de dommages (54 % des ventes totales). Les ventes d’agences dont les activités sont centrées sur les avantages sociaux d’employés ont augmenté, passant de 17 % des ventes totales d’agences en 2015 à 20 %, ce qui en fait le deuxième type d’agences le plus recherché.

Dans les faits, le nombre réel de ventes réalisées est plus élevé que les 449 ventes qui ont été enregistrées dans la base de données d’OPTIS puisque de nombreux vendeurs et acheteurs omettent de déclarer les transactions conclues ou de faible valeur.

Selon les renseignements contenus dans le rapport annuel d’OPTIS, Intact Corporation financière a fait l’acquisition de cinq agences l’an dernier. De 2012 à 2016, Intact a acheté un total de 14 agences.

L’industrie de la réassurance

Les pressions constantes qui affectent le marché mondial de la réassurance suggèrent que les fusions et les acquisitions se poursuivront dans ce secteur, affirment divers experts.

En décembre dernier, l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (AEAPP) a mis l’industrie en garde contre les pressions accrues qui pèsent sur la rentabilité des réassureurs, alors qu'une abondance de capitaux disponibles, une baisse de la demande et des capitaux de sources non traditionnelles contribuent à réduire leurs bénéfices techniques (PDF).

L’agence de notation A.M. Best maintient également ses prévisions négatives en ce qui a trait à l’industrie mondiale de la réassurance.

Les réassureurs doivent composer avec les pressions qu’exercent sur eux les faibles taux d’intérêt, l’assouplissement des conditions du marché, le recul du rendement des investissements et le capital non traditionnel, qui constitue maintenant environ 20 % de la capacité financière du marché mondial de la réassurance. Dans ces conditions, il leur sera difficile d’assurer leur croissance organique. Selon la firme Fitch Ratings, les réassureurs de plus grande taille, dont le bilan financier demeure solide, devront se tourner vers les fusions et les acquisitions pour assurer leur croissance future.

Lors d’une entrevue accordée à une publication allemande, Jörg Schneider, le chef des services financiers de La Munich, compagnie de réassurance, a toutefois déclaré que, pour les entreprises souhaitant faire des acquisitions dans le secteur des assurances de première ligne, il y avait peu d’occasions d’achat intéressantes puisque les prix demandés étaient déraisonnables. « On constate qu’il y a une bulle spéculative en raison des prises de contrôle, » a affirmé M. Scheider. Il a souligné que La Munich ne cherchait pas à faire des acquisitions dans le secteur de la réassurance. Le groupe compte réduire ses activités traditionnelles de réassurance et se concentrer sur la croissance de ses activités en assurance de première ligne dans le secteur des risques industriels et commerciaux, en s’appuyant sur sa division de réassurance et sa filiale d’assurance de première ligne Ergo pour y arriver. Le groupe Ergo exerce ses activités dans plus de 30 pays en Europe et en Asie.

La bancassurance

Le secteur de la bancassurance est aussi confronté aux fusions et acquisitions puisque les banques cèdent leurs activités d’assurance à des compagnies d’assurance existantes.

Actuellement, les banques canadiennes sont autorisées à vendre huit types de produits d’assurance : assurance carte de crédit ou de paiement, assurance-invalidité de crédit, assurance-vie de crédit, assurance crédit en cas de perte d’emploi, assurance crédit pour stocks de véhicules, assurance crédit des exportateurs, assurance hypothèque et assurance voyage.

Une tâche ardue attend les banques canadiennes qui souhaitent vendre d’autres types d’assurance. D’une part, les banques à charte ne sont pas autorisées à offrir des produits d’assurance tels que l’assurance automobile et l'assurance habitation par l’entremise de leurs succursales bancaires, bien qu’elles soient autorisées à en distribuer par l’intermédiaire de filiales indépendantes. De plus, elles ne peuvent pas avoir recours à des sites en ligne facilement accessibles pour offrir des types d’assurance non autorisés. Par exemple, une banque ne peut pas rediriger un visiteur qui consulte son site Web vers d’autres pages Web où sont vendus les types d’assurance qu’elle n’est pas autorisée à offrir directement aux consommateurs en temps normal.

Certaines banques ont tenté de contourner ces règlements, qui ont été adoptés en 1991. Ainsi, RBC Banque Royale a ouvert son premier bureau entièrement dédié à la vente d’assurance dans des locaux adjacents à l’une de ses succursales de Toronto, en juin 2005. Son objectif était d’ouvrir 100 autres bureaux de vente similaires. Le Financial Post rapporte que, de 2005 à 2009, RBC a ouvert 43 bureaux dédiés à la vente d’assurance près de ses succursales bancaires.

En 2015, toutefois, le président et chef de la direction de RBC Banque Royale, David McKay, a déclaré que les activités d’assurance de dommages de la banque n’avaient pas atteint l’envergure escomptée et qu’il n’était pas certain que la banque puisse poursuivre ses activités d'assurance à long terme en raison des règlements qui interdisent aux banques de vendre de l’assurance dans leurs succursales et des coûts de distribution plus élevés qui en découlent.

RBC Banque Royale a donc vendu ses activités d’assurance quelques mois plus tard. C’est Aviva Canada qui a fait l’acquisition de la Compagnie d’assurance générale RBC pour 582 millions de dollars. Aviva Canada a également annoncé la conclusion d’une entente stratégique d’une durée de 15 ans avec RBC Assurance, en janvier 2016. En vertu de cette entente, Aviva Canada fournira des services en gestion de polices et en traitement de sinistres, tandis que les clients de RBC Assurances auront accès à la gamme complète des produits d’assurance de dommages offerte par Aviva Canada. RBC Assurances continuera de s’occuper de la mise en marché et de vendre ces produits sous la marque RBC Assurances. Au terme de la transaction, environ 575 employés de RBC Assurances seront intégrés aux activités d’Aviva Canada.

L’ajout du volume d’affaires existant en assurance automobile et habitation de RBC Assurances à celui d’Aviva a augmenté les primes brutes émises par Aviva Canada d’environ 800 millions de dollars canadiens. La transaction a été finalisée durant le troisième trimestre de 2016.

Au début de 2015, la Canadian Western Bank a aussi convenu de vendre sa filiale en assurance de dommages, Canadian Direct Insurance, à Intact Corporation financière pour la somme de 197 millions de dollars canadiens. Chris Fowler, le président et chef de la direction de la Canadian Western Bank, a déclaré que « les contraintes réglementaires continues », qui empêchent cette institution financière basée à Edmonton de vendre des produits d’assurance, étaient l’une des raisons ayant motivé la vente de la filiale.

Aller de l’avant

S’adapter à un environnement financier en évolution

Selon votre point de vue sur la question, le portrait que trace la firme Deloitte de l’avenir de l’industrie de l’assurance de dommages pourra vous sembler enthousiasmant ou désolant. Deloitte prévoit que d’ici 2025, « quelques géants très bien capitalisés » domineront un marché qui sera caractérisé par une vive concurrence, des activités de fusion et acquisition continuelles et la recherche de la croissance. La firme Deloitte estime que l’industrie de l’assurance de dommages canadienne se séparera en deux camps. D’une part, les géants de l’assurance continueront de se concentrer sur l’assurance des particuliers et des entreprises, tout en étendant leurs canaux de vente directe. Ce processus est déjà en cours. Au cours des dix dernières années, environ 12 % des primes originales émises en assurance automobile et 15 % de celles émises en assurance habitation ont été transférées à d’autres compagnies d’assurance à la suite de regroupements, rapporte Deloitte. D’autre part, il y aura encore de la place sur le marché pour les petits assureurs, mais ceux-ci devront se tourner vers des produits spécialisés et des marchés de niche.

L’un des principaux facteurs ayant contribué à ce changement est la technologie perturbatrice. Des données publiées indiquent que les investissements totaux dans les entreprises de technologie financière (FinTech) ont triplé pour atteindre 12,21 milliards de dollars américains en 2014 (dernières données disponibles). Pour leur part, les investissements totaux dans les technologies financières adaptées au secteur de l’assurance (AssurTech) ont atteint 1,7 milliard de dollars américains l’an dernier.

On ne soulignera jamais assez les répercussions qu’ont les technologies numériques sur l’industrie de l’assurance. Au fur et à mesure que le marché évoluera et que les consommateurs demanderont plus d’efficacité et de solutions numériques, plusieurs assureurs devront envisager de faire des acquisitions, même si ce n’est que pour offrir des services plus conviviaux et rester concurrentiels sur le marché, ajoutent divers analystes de l’industrie.

La société McKinsey Consulting va plus loin en formulant l’hypothèse que les assureurs les plus prospères seront ceux qui réussiront à devenir des « assureurs numériques » (PDF). Ces entreprises seront effectivement à l’écoute des besoins de leurs clients, mais elles devront modifier drastiquement leur mode de fonctionnement pour réussir dans un environnement numérique. Actuellement, neuf assureurs sur dix déclarent éprouver des difficultés à mettre en place une infrastructure technologique capable de soutenir un tel virage numérique, indique la société McKinsey.

Le rapport d’envergure internationale produit par la firme-conseil Willis Tower Watson sur la technologie et les assureurs indique que l’intérêt que les assureurs portent aux opérations de fusion et d’acquisition traditionnelles pourrait s’émousser et être remplacé par un intérêt accru envers des activités à plus petite échelle, axées sur des marchés spécialisés et visant plus particulièrement les capacités technologiques. Toutefois, « peu de sociétés ont amélioré leur capacité numérique en faisant l’acquisition d’entreprises de technologie financière, » constate Fergal O’Shea, de la firme Willis Tower Watson. Jusqu’à ce jour, relativement peu d’assureurs se sont portés acquéreurs d’autres entreprises spécifiquement dans le but d’obtenir les technologies numériques qu’ils convoitaient. Les données compilées par la firme Willis Tower Watson démontrent que seulement 14 % des entreprises avaient finalisé une telle transaction au cours des trois dernières années et que la plupart d’entre elles n’en avaient réalisé qu’une seule.

Les faits cités dans le rapport de Willis Tower Watson ne sont pas des cas isolés. Ils mettent en évidence les divergences qui existent entre les déclarations des assureurs et leurs pratiques. Dans un rapport publié en 2016 sur les technologies en usage dans l’industrie de l’assurance (PDF), la firme PWC fait directement mention des divergences observées entre, d’une part, les déclarations des assureurs quant aux perturbations qu’ils anticipent du fait des nouvelles technologies et, d’autre part, les mesures concrètes qu’ils ont prises pour adopter les innovations technologiques proposées en finance et en assurance. Parmi les assureurs interrogés, trois sur quatre ont déclaré être convaincus que leur entreprise allait éprouver des problèmes au cours des cinq prochaines années en raison des nouvelles technologies financières. Pourtant, moins de la moitié (43 %) d’entre eux ont affirmé avoir axé leurs stratégies d’entreprise sur l’acquisition de technologies financières. À peine 28 % des assureurs, c’est-à-dire juste un peu plus du quart, ont effectivement établi, ou tenté d’établir, des relations avec des entreprises de technologie financière. Moins de 14 % d’entre eux ont pris part à des projets en technologie financière ou soutenu des incubateurs d’entreprises de technologie financière.

Certaines personnes prétendent que les entreprises canadiennes ont été relativement épargnées par les avancées rapides de la technologie financière, mais que la situation est en train de changer. « De façon générale, le taux d’adoption des produits en technologie financière oscille autour de15,5 %, » déclare Gregory Smith, associé des services consultatifs en services financiers de la firme EY Canada. Au Canada, le taux d’adoption n’est que d’environ 8 %. Il s’agit du taux le plus bas parmi les pays étudiés par la firme EY Canada. À Hong Kong, le taux d’adoption des produits en technologie financière atteint 30 %, tandis qu’il est de 16,5 % aux États-Unis. « Selon nos prévisions, ce taux va tripler au cours des 12 prochains mois. Il s’agit en quelque sorte d’un avertissement en matière de technologie financière [pour les entreprises canadiennes]. » L’étude d’EY Canada montre également que c’est le manque d’information des consommateurs à ce sujet, et non pas le manque de confiance envers ces technologies, qui est le principal facteur expliquant le faible taux d’adoption de ce type de technologie au Canada. « Les entreprises dont le mode d’exploitation est plus traditionnel devront réévaluer l’expérience client qu’elles offrent aux consommateurs, » conclut M. Smith.

Jusqu’ici, les assureurs canadiens ont surtout adopté des solutions technologiques visant à informatiser leurs principaux services internes, comme la gestion des polices d’assurance, le traitement des sinistres et la facturation. Les solutions qu’ils ont déployées ne représentent qu’une infime partie des possibilités technologiques disponibles sur le marché. Les assureurs établis aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Australie ont pris beaucoup d’avance sur les compagnies d’assurance canadiennes puisqu’ils ont déjà commencé à offrir plusieurs produits et services novateurs pour plaire aux consommateurs.

Innover ou disparaître

Pour certaines entreprises, les avancées technologiques seront perçues comme une menace pouvant avoir de graves conséquences sur leur rentabilité. Pour d’autres, en revanche, elles constitueront une mine de possibilités à exploiter. Les véhicules automatisés en sont un bon exemple. De nos jours, l’assurance automobile représente la moitié du volume de primes perçues dans l’industrie de l’assurance de dommages canadienne. Certaines études suggèrent que les avancées technologiques assurant le fonctionnement des véhicules automatisés pourraient contribuer à réduire de 80 % le nombre d’accidents de la route au cours des 25 prochaines années. Une telle réduction du nombre d’accidents exigera une révision des pratiques en vigueur au chapitre de la tarification des risques et de l’établissement des taux de primes.

Ce genre de nouvelles pourrait déplaire à certains assureurs. À l'opposé, une telle technologie pourrait se révéler être une bénédiction pour d’autres entreprises qui sauront flairer la bonne affaire et en profiteront pour prendre de l’expansion. À l’été 2016, la société Adrian Flux Insurance du Royaume-Uni a justement lancé un nouveau produit qu’elle a décrit comme étant la première police d’assurance pour véhicules automatisés au monde. Ce nouveau type de contrat protège l’assuré contre les mêmes risques que ceux habituellement couverts aux termes des polices d’assurance automobile traditionnelles, comme les dommages éprouvés par le véhicule, le feu et le vol. La nouvelle police couvre également les défaillances du système de conduite du véhicule automatisé. On rapporte enfin que, depuis quelque temps déjà, Tesla vend discrètement des automobiles en Asie qui sont assorties de polices d’assurance et de contrats d’entretien.

AVANTAGE mensuel

Le présent article fait partie de la bibliothèque en ligne AVANTAGE mensuel, accessible à tous et publiée par la Société des PAA, afin que ses membres, de même que l’industrie de l’assurance de dommages, puissent en bénéficier. Les articles sur des sujets d’actualité présentent une analyse détaillée des tendances observées et des questions à l’ordre du jour, en précisant le contexte qui les entoure ainsi que leur incidence; ils présentent également des commentaires formulés par des spécialistes du domaine dont il est question.

La Société des PAA représente plus de 18 000 diplômés des programmes de Fellow, Professionnel d’assurance agréé (FPAA) et de Professionnel d’assurance agréé (PAA) de l’Institut d’assurance du Canada. En tant que division des professionnels de l’Institut, la Société a pour mission de favoriser la progression de la formation, de l'expérience, du sens éthique et de l’excellence de ses membres. Elle offre un certain nombre de programmes visant à promouvoir les titres professionnels de PAA et de FPAA, le perfectionnement professionnel continu, la déontologie et le mentorat, en plus d’offrir des prix nationaux du leadership et des travaux de recherche sur des sujets d’intérêt qui ont une incidence sur l’industrie canadienne de l’assurance de dommages.