L’assurance contre le risque de réputation

Pour assurer sa notoriété

Mai 2017    |    Par Ingrid Sapona

La plupart des gens possèdent au moins une certaine notion de ce qu’est la réputation. Certains la décrivent, par exemple, comme étant « la notoriété d’une personne » ou « la perception des autres à son égard ». Les gens parlent de ce qu’ils ont fait pour « gagner » leur réputation, et s’ils sentent que quelqu’un essaie de ternir ou d’entacher cette dernière, ils prendront souvent les devants pour la protéger. Remarquez-vous comme ces affirmations rendent la réputation assimilable à un actif?

Pour les entreprises, la réputation constitue effectivement un actif, et des plus précieux assurément. Il n’y a qu’à demander aux sociétés dont la réputation a été entachée dans les dernières années (notamment Volkswagen, Wells Fargo, Mylan et, plus récemment, les banques canadiennes) ce qu’elles pensent de son importance. Pour donner une idée de ce que les entreprises investissent pour construire leur réputation, un observateur rapporte que « le Trésor britannique a estimé à 126,8 milliards de livres sterling les sommes investies en 2011 par les entreprises britanniques à l’égard de leur actif intellectuel, environ 15 % de ces dépenses étant liées au capital de marque, contre 88 milliards investis dans des actifs corporels. Alors, pourquoi ne pas protéger un tel investissement? » .

Pour un professionnel de l’assurance de dommages habitué à composer avec des risques tangibles et plus traditionnels, la réputation peut sembler inassurable. Mais à partir du moment où l’on reconnaît la réputation comme un élément d’actif, il est logique de chercher à l’assurer. Du moins, c’est ce que croit une poignée de professionnels d’avant-garde qui travaillent à la création de solutions d’assurance destinées à couvrir le risque de réputation.

Dans le présent article, nous verrons :
• en quoi consiste le risque d’atteinte à la réputation;
• quelle est la façon de mesurer la réputation;
• en quoi consiste la perte de réputation;
• et quelles sont les nouvelles solutions d’assurance qui permettent aux entreprises de « transférer de leur bilan le risque de perte de réputation » .

Avant d’aborder le risque de réputation, examinons quelques définitions de la réputation elle-même. Ceux qui recherchent une interprétation scientifique du concept trouveront de nombreuses publications à ce sujet dans les domaines de la gestion et du marketing. Bien que les universitaires définissent la réputation de nombreuses façons, « il existe un consensus général selon lequel elle ferait référence aux cognitions sociales telles que les connaissances, les impressions, les perceptions ou les croyances […] des observateurs ou parties prenantes extérieurs (citation omise) » .

Nir Kossovsky, médecin et directeur général de la société Steel City Re, donne une définition plus simple du terme. Selon lui, la réputation correspond aux attentes des autres à notre égard. Dans le cas d’une entreprise, il souligne que « les clients ont des attentes lorsqu’ils achètent des produits, tout comme les employés lorsqu’ils acceptent un poste, les fournisseurs lorsqu’ils vendent quelque chose, les créanciers, etc. »

Le risque d’atteinte à la réputation
Puisque la réputation repose sur les attentes des parties prenantes, le « risque d’atteinte à la réputation » correspond au risque de déception, selon M. Kossovsky. « Il s’agit du risque de perdre la bataille pour conquérir l’opinion des parties prenantes », affirme-t-il. La déception est une réaction émotionnelle, mais « les émotions se traduisent constamment par des comportements, et les comportements ont des conséquences économiques », ajoute-t-il. Par exemple, la durée des cycles de vente, la volonté des clients de payer davantage pour un produit, les conditions imposées par les fournisseurs et les créanciers, le coût et le roulement plus bas de la main-d’œuvre, l’intensité des contrôles réglementaires, etc., sont tous liés à des émotions, et toutes ces décisions sont mesurables. À partir de ces données, il est mathématiquement possible de mesurer la réputation d’une entreprise ainsi que son statut par rapport à d’autres entreprises, un calcul qu’effectue Steel City Re de façon hebdomadaire pour alimenter sa base de données sur la valeur de la réputation.

Pour jauger le degré de préoccupation des entreprises face au risque de réputation, il suffit de consulter le Baromètre des risques 2017 d’Allianz, qui classe ce risque commercial parmi les dix premiers en importance dans le monde. En effet, l’atteinte à la réputation ou à l’image de marque arrive au 9e rang à l’échelle mondiale, et au 8e rang au Canada (notons qu’il était classé au 3e rang par les entreprises canadiennes en 2016).

Mesurer la réputation

Si certains estiment qu’il est difficile de mesurer la réputation, tous ne sont pas de cet avis.

Ulrike Raible, rédactrice production chez Munich Re, affirme qu’au-delà des théories relatives à l’évaluation des marques, « une atteinte à la réputation peut se mesurer en fonction de la baisse du chiffre d’affaires enregistrée lorsque les clients se tournent vers la concurrence » .

M. Kossovsky, qui mesure la réputation des entreprises depuis 2001, fait quant à lui appel à des mégadonnées et se sert d’outils élaborés pour la gestion de la production et de la qualité. À partir d’une gamme de facteurs et de données, Steel City Re a développé un système qui lui a permis de mesurer la valeur de la réputation de 7 500 sociétés ouvertes. Ces données sont utilisées depuis plus de dix ans par les fonds de couverture, à titre de filtre pour la sélection des titres, et servent de base à l’indice de la réputation des entreprises RepuStars (symbole boursier : REPUVAR), calculé par les services indiciels S&P/Dow Jones Indices . Ces données sont mises à jour chaque semaine.

« Il existe des indicateurs économiques empiriquement mesurables qui nous permettent d’évaluer les attentes des parties prenantes », affirme M. Kossovsky. Selon lui, la réputation d’une entreprise correspond à la somme des attentes des parties prenantes en ce qui a trait à sa performance dans les six domaines suivants :

1. L’éthique
2. L’innovation
3. La sûreté
4. La sécurité
5. La qualité
6. La durabilité

La perte de réputation
Les pertes liées à la réputation d’une entreprise sont nombreuses. En voici quelques exemples :
• Une réduction des ventes, du prix des marchandises et du bénéfice net;
• Une augmentation du coût d’emprunt;
• Une augmentation des coûts de transfert du risque;
• Une augmentation des dépenses liées à la sûreté et à la sécurité;
• Une augmentation des coûts liés au contrôle de la qualité et à la gouvernance.

Selon les estimations, les coûts associés à la gestion d’une atteinte à la réputation découlant d’une défaillance d’exploitation seraient de deux à sept fois plus élevés que les coûts engendrés par la défaillance elle-même.

Certains incidents dommageables pour la réputation sont flagrants; il n’y a qu’à penser au scandale des émissions polluantes de Volkswagen ou à l’éclosion d’intoxications à la bactérie E. coli dans certains restaurants Chipotle en 2015. D’autres situations de crise sont toutefois plus difficiles à déceler pendant qu’elles sont en train de se produire, comme le scandale des comptes factices ouverts par la banque américaine Wells Fargo. Cependant, ceux qui étudient les modèles de risque de réputation observent souvent des signes avant-coureurs annonçant une crise latente. Dans le cas de Wells Fargo, par exemple, M. Kossovsky affirme que la situation présentait des « signes classiques de crise de réputation […] des clients rompant les liens avec la banque, des employés, des clients et des investisseurs entamant des poursuites judiciaires, le cours de l’action chutant d’au moins 7 %, un vent de panique soufflant chez les dirigeants et l’entreprise se trouvant de plus en plus sous la loupe des autorités de réglementation » .

Il importe de mentionner qu’un incident dommageable pour la réputation ne mène pas forcément à une crise. Selon M. Kossovsky, il n’y a situation de crise que « lorsque les parties prenantes modifient à la fois leurs attentes et leur comportement » . Il arrive qu’une société subisse un incident potentiellement dommageable pour sa réputation, mais qu’en raison du capital de sympathie qu’elle a su bâtir préalablement, les parties prenantes soient prêtes à passer l’éponge ou à considérer l’incident comme une simple anomalie.

L’évolution du concept de perte de réputation
Historiquement, la majorité des études empiriques portant sur le sujet posaient les pertes d’exploitation comme cause sous-jacente à la perte de réputation. Aussi, la réputation était-elle essentiellement perçue comme un enjeu lié à la performance financière.

L’arrivée des médias sociaux et la possibilité de transmettre de l’information de façon instantanée ont transformé le paysage de la réputation. « Dans l’environnement actuel, composé de Twitter, de Tumblr et d’autres moyens permettant de diffuser rapidement des idées à grande échelle et sans aucune barrière éditoriale, les conséquences pour une organisation peuvent être considérables et se manifester à une vitesse phénoménale » .

En effet, même les « fausses nouvelles » (ces histoires inventées que certains veulent bien entendre, mais qui ne s’appuient pas nécessairement sur la réalité) sont susceptibles de nuire gravement à une entreprise. Bien que le concept de « fausse nouvelle » soit relativement nouveau, M. Kossovsky souligne qu’il représentera probablement un risque important pour les sociétés dans un avenir rapproché.

Le risque d’atteinte à la réputation reconnu par les administrateurs
Autre indication de l’évolution du risque de réputation : les membres de conseils d’administration ont pris conscience du fait qu’une atteinte à la réputation de la société qu’ils administrent pouvait avoir des conséquences pour leur propre réputation. Alors que les poursuites en responsabilité civile constituaient déjà une préoccupation pour les administrateurs, ceux-ci reconnaissent de plus en plus la possibilité de voir leur réputation personnelle attaquée devant le tribunal de l’opinion publique.

« L’administrateur moyen gagne environ 250 000 $ par année pour siéger au conseil d’une société, et il fera généralement partie de plusieurs conseils d’administration. S’il se trouve contraint de démissionner par suite d’une atteinte à la réputation liée au rôle du conseil dans la supervision d’une société, et s’il devient ainsi moins désirable du point de vue des autres conseils d’administration, il pourrait perdre des millions de dollars au cours de sa carrière. »

L’atténuation du risque d’atteinte à la réputation
De nombreuses stratégies de gestion du risque de réputation peuvent aider les entreprises à prévenir les incidents dommageables et à en atténuer les conséquences. Ces stratégies se divisent en trois catégories :
• La gestion en amont et en aval de l’incident;
• La gestion des médias;
• La gestion des parties prenantes.

Pour atténuer le risque d’atteinte à la réputation, il est essentiel pour l’entreprise de communiquer de façon proactive les risques auxquels elle s’expose et de reconnaître son devoir de répondre aux attentes liées aux six domaines sur lesquels se fonde M. Kossovsky pour mesurer la réputation d’une entreprise. Soulignant l’importance de la communication, le directeur de la gestion des risques chez Mattel Inc. affirme « que le conseil d’administration doit savoir comment réagir en cas d’atteinte à la réputation de l’entreprise » .

Il convient de souligner qu’un incident potentiellement dommageable pour la réputation ne provoquera de crise que si l’entreprise ne sait pas gérer les attentes des parties prenantes, ou encore si ces attentes dépassent ses capacités.

Selon M. Kossovsky, « la gestion des attentes repose sur des principes de l’économie comportementale et doit se faire en deux temps : d’abord, modeler les attentes des tiers et ensuite répondre à ces attentes. L’écart entre les attentes et la réalité constitue l’essence même du risque de réputation ». Il est possible de modeler les attentes de plusieurs façons, notamment en établissant un dossier de bonne gouvernance ou en développant un récit positif à utiliser pour faire contrepoids aux critiques lorsqu’elles sont formulées. Il arrive cependant que les attentes modelées intentionnellement produisent l’effet contraire à celui attendu. Par exemple, les efforts déployés par la société BP pour être perçue comme une entreprise qui va « au-delà du pétrole » ont probablement contribué à façonner les attentes du public à son égard, et lorsque la société s’est trouvée incapable de maîtriser le déversement de pétrole dans le golfe du Mexique, le tort causé à sa réputation n’en a été que plus important.

Une entreprise incapable de répondre aux attentes des tiers est vulnérable face aux actionnaires et aux activistes qui s’attaquent à son conseil d’administration. Pour compliquer encore davantage la gestion du risque de réputation, les diverses parties prenantes peuvent avoir des attentes différentes et éventuellement conflictuelles, affirme M. Kossovsky.

Les produits d’assurance actuellement offerts pour transférer le risque de réputation
Les garanties couvrant la réputation ne semblent pas des plus faciles à obtenir et les renseignements concernant les produits existants sont limités. C’est pourquoi nous ne donnerons qu’une idée plutôt générale des solutions offertes à ce jour.

Des ajouts à la police
Au départ, la protection contre le risque de réputation était annexée à une autre police – souvent une assurance relative à la cyberresponsabilité, aux enlèvements et aux demandes de rançon, au rappel de produit ou à la responsabilité civile des administrateurs et des dirigeants. De tels avenants ne couvrent généralement que les coûts liés à la gestion de crise. La garantie CrisisResponse d’AIG est un exemple d’assurance du risque de réputation pouvant être annexée au forfait WorldRisk de la même compagnie. Elle fournit aux assurés un accès aux ressources nécessaires pour gérer une « crise d’origine humaine ». Elle offre un accès direct à une agence de relations publiques et à des spécialistes de la gestion de crise approuvés par AIG, lesquels peuvent aider un client à préserver une réputation de marque positive.

Une garantie distincte
Au cours des six dernières années environ, des garanties distinctes couvrant le risque de réputation ont commencé à voir le jour. Ces polices varient considérablement au chapitre des dommages couverts, des montants de garantie, des franchises, du mode de mise en jeu de la garantie, du versement de l’indemnité et du calcul de la perte assurée découlant d’une crise de réputation.

Ce qui distingue principalement ces garanties est le type de pertes couvertes. La plupart des polices ne couvrent que les coûts associés à la gestion de crise et aux communications (c’est le cas des garanties ReputationGuard d’AIG et Reputation Protect d’Allianz). Un assuré qui souscrit l’une de ces garanties est souvent contraint de faire appel aux spécialistes des communications et des relations publiques fournis ou approuvés par l’assureur. Ce type de protection est plutôt traditionnel, selon Peter Gerken, cofondateur et vice-président directeur de Steel City Re. « Ces garanties s’apparentent davantage à une assurance des pertes d’exploitation. Lorsqu’un incident survient, l’entreprise doit réagir, et l’assurance lui fournit des services de gestion de crise, mais elle ne verse aucune indemnité à l’égard des pertes financières subies, telles que les pertes de bénéfice », affirme-t-il.

L’assurance contre le risque de réputation de Munich Re couvre à la fois les pertes de bénéfice et les coûts liés à la gestion de crise . Elle a pour but de fournir des liquidités à l’entreprise pendant qu’elle récupère ses parts de marché . La diminution des produits d’exploitation doit être imputable à un déclin dans la perception des consommateurs et à une modification de leurs habitudes .

Plutôt que d’offrir un produit qui n’intervient qu’à la suite d’un incident dommageable pour la réputation, Steel City Re a opté pour une autre approche. Sa stratégie comporte plusieurs volets et repose sur des produits novateurs d’assurance et de financement des risques. Son assurance réputation inédite fournit aux clients des outils de gestion du risque inspirés du système « Six Sigma » et prévoit la surveillance de la réputation de l’entreprise au moyen du système de mesure développé par Steel City Re. Élaboré selon les principes de l’assurance paramétrique, le produit offre une indemnisation à l’échelle de l’entreprise, en versant des indemnités lorsque la valeur de la réputation de l’assuré descend sous un seuil préétabli. Les polices de Steel City Re sont émises par Tokio Marine Kiln, un syndicat du Lloyd’s.

Les montants de garantie et les franchises
Les polices de Steel City Re sont adaptées à chaque client et ne prévoient donc pas de montant de garantie standard, indique M. Gerken. Pour ce qui est des autres polices distinctes décrites dans le présent article, les montants prévus vont de 10 millions à plus de 50 millions d’euros. Dans l’un des premiers articles publiés au sujet de l’assurance réputation de Munich Re, le chef de l’équipe des risques émergents mentionne qu’un montant de garantie de 150 millions d’euros, par exemple, fait référence à une perte de bénéfice du même montant, laquelle peut se traduire par une baisse du chiffre d’affaires de plus d’un milliard d’euros .

Les franchises sont relativement courantes et leur structure varie d’une police à l’autre.

Le mode de mise en jeu de la garantie
Comme pour toute assurance, il convient de savoir quel est l’élément déclencheur susceptible de mettre en jeu la garantie. Ce déclencheur est différent pour chacune des polices abordées dans le présent article.

La garantie ReputationGuard d’AIG, qui couvre les frais de communication engagés pour gérer une crise, ne prévoit pas de déclencheur en tant que tel. La garantie entre en jeu lorsque l’assuré fait appel à l’une des agences de communication approuvées par AIG. Une autre caractéristique propre à cette police est le fait qu’elle couvre également les services de gestion de crise nécessaires pour prendre en charge les menaces décelées par l’assuré, mais qui n’ont pas encore été rendues publiques.

D’après les renseignements que nous avons pu obtenir au sujet de la garantie Reputation Protect d’Allianz, l’élément déclencheur serait un « événement de crise », défini comme étant la mise en jeu de toute autre assurance souscrite par l’assuré, peu importe l’assureur ayant émis la police en question . Ce mode de fonctionnement permet de veiller à ce que la garantie soit mise en jeu par un déclencheur d’assurance clairement défini et éprouvé . Par ailleurs, la police peut être adaptée aux besoins particuliers de l’assuré et peut stipuler d’autres éléments déclencheurs sans lien avec d’autres polices d’assurance.

Munich Re, pour sa part, offre deux options : une formule risques désignés et une formule tous risques. La formule risques désignés est la plus simple des deux et prévoit un mode de mise en jeu en deux étapes. La première est la réalisation d’un risque de base (par exemple, un rappel de produit, un cas de discrimination ou de harcèlement, une perte de données appartenant à des clients, une atteinte à la confidentialité des données, la perte d’une personne clé, l’inconduite d’une personne clé, etc.). La seconde étape est une baisse importante des produits d’exploitation . Dans le cas de la formule tous risques, l’élément déclencheur est une augmentation importante et mesurée du nombre d’articles défavorables publiés dans les médias portant sur des sujets précis (par exemple, les produits, les clients, les personnes clés, ou encore des questions éthiques, sociales ou environnementales) accompagnée d’un recul du chiffre d’affaires, selon un pourcentage prédéterminé, par rapport aux estimations. Cette formule est plus coûteuse puisqu’elle exige la surveillance constante des médias par une agence de marketing indépendante.

L’assurance réputation de Steel City Re est un produit paramétrique qui prévoit un mode de mise en jeu en trois étapes. D’abord, un incident défavorable lié à l’un des six domaines déterminants (l’éthique, l’innovation, la sûreté, la sécurité, la qualité et la durabilité) doit avoir lieu. Ensuite, l’incident doit être connu publiquement, et finalement, la mesure de la réputation de l’entreprise (les paramètres) doit chuter. « Les demandes d’indemnité sont vraiment assez faciles à traiter », affirme M. Kossovsky. « L’incident s’est-il produit? Est-il connu du public? Les paramètres de mesure ont-ils chuté en deçà de la valeur stipulée dans la police? Si la réponse à chacune de ces questions est affirmative, nous préparons un chèque. »

Il est possible que les conséquences d’une crise de réputation ne soient pas immédiates, c’est pourquoi les 90 premiers jours sont en quelque sorte une période d’observation, selon M. Gerken. « Pour faire une demande d’indemnité, la valeur de la réputation doit être sous la valeur stipulée au 91e jour. Ensuite, nous surveillons les paramètres pendant les 20 semaines suivantes (140 jours). S’ils se maintiennent sous la valeur stipulée au cours de cette période, nous versons l’indemnité », indique-t-il. Par ailleurs, puisque les dommages causés à la réputation de l’assuré peuvent s’accroître au-delà de cette période, Steel City Re continue de surveiller la réputation de l’assuré jusqu’à l’échéance de la police et une indemnité supplémentaire peut être versée.

Les exclusions clés
Les exclusions généralement prévues aux termes de ces polices sont les suivantes :
• Les incidents déjà connus;
• Les actes délibérés d’un dirigeant;
• Les conséquences directes et prévisibles de la décision de l’assuré de modifier ou d’interrompre le recours à une stratégie commerciale, à un procédé de fabrication, à un fournisseur ou à un distributeur;
• Une perte qui touche ou vise l’ensemble ou une partie du secteur de l’industrie;
• Tout incident qui découle directement d’une décision commerciale prise par le premier ou le second niveau de direction de l’assuré.

L’appréciation du risque d’atteinte à la réputation
Il a été impossible d’obtenir des renseignements précis sur les critères d’évaluation utilisés par les rédacteurs production d’Allianz, de Munich Re et d’AIG en ce qui a trait aux demandes d’assurance réputation.

Selon M. Kossovsky, l’appréciation du risque chez Steel City Re passerait par l’évaluation de la structure de gouvernance de l’entreprise. « Nous examinons les politiques et les procédures de l’entreprise et nous cherchons des attestations de contrôles. Nous nous intéressons à la façon dont le conseil d’administration procède au suivi des incidents, à sa façon de réagir, etc. Nous procédons à une vérification de la gouvernance de l’entreprise fondée sur la méthode “Six Sigma” et nous observons les paramètres associés à la volatilité de sa réputation, ce qui nous donne une mesure objective de la valeur de sa réputation ».

M. Kossovsky affirme que la durée du processus d’appréciation du risque dépend de la qualité de la documentation des structures de gouvernance de l’entreprise. « S’il faut à l’entreprise plusieurs semaines pour trouver des renseignements au sujet de ses politiques et de ses procédures, cela, en soi, peut être un signe qu’il y a un problème », souligne-t-il.

Les données de l’industrie relatives aux sinistres de réputation
Nous avons été incapables d’obtenir des renseignements sur les données de sinistres des assureurs, sauf en ce qui concerne Steel City Re (l’unique assureur ayant répondu à notre demande de renseignements pour le présent article).

Selon M. Gerken, comme ce fut le cas dans les premières années de l’assurance responsabilité civile des administrateurs et des dirigeants, le produit attire pour l’instant les « bons risques » qui comprennent la valeur de la signalisation stratégique comme moyen proactif de protéger la valeur de leur entreprise. Pour répondre à notre question directe au sujet des réclamations passées, M. Gerken souligne que les résultats correspondent à leurs attentes, et qu’à ce jour, aucune demande d’indemnité n’a été présentée.

Conclusion
Un chercheur universitaire qui s’est penché sur la question de l’assurance du risque de réputation estime qu’à l’avenir, ce type d’assurance fera partie intégrante du processus de gestion des risques des entreprises. « L’intérêt à l’égard de l’assurance réputation […] est élevé, particulièrement en raison de l’exposition accrue au risque de pertes électroniques, de la rapidité de la diffusion d’information sur les médias sociaux et de la modification des normes culturelles, qui s’intéressent davantage aux organisations socialement responsables. Nous nous attendons à ce que ces demandes mènent à la création de produits innovateurs et durables à long terme » .

Au sujet de la demande relative à l’assurance réputation, M. Kossovsky affirme que ce segment de l’industrie est en plein essor. « Les activités (relatives à l’assurance réputation) ont doublé de 2015 à 2016 » , indique-t-il, sans toutefois préciser de chiffres définitifs relativement à la demande ou à la souscription de ce type d’assurance. En ce qui a trait aux captives qui assument 100 % du risque, depuis 2012, Steel City Re a fourni des services de tarification et d’appréciation du risque de réputation à plus de 200 captives appartenant à des sociétés fermées dont la valeur se chiffre en milliards de dollars. Pour ce qui est des sociétés ouvertes, Steel City Re leur recommande de regrouper leurs capacités d’absorption des pertes au sein d’une captive, tout en faisant appel aux propriétés de signalisation de son assurance réputation.

Comme c’est le cas pour la plupart des produits, la demande « dépendra du coût de l’assurance par rapport au coût de l’autoassurance et de la prévention, ainsi que des caractéristiques de la police et des besoins propres à l’entreprise » . Cependant, en faisant référence à une campagne publicitaire récente portant sur la valeur intangible de certaines choses, M. Kossovsky croit que les administrateurs pourraient considérer leur réputation personnelle comme n’ayant « pas de prix » et juger ainsi raisonnable le coût de l’assurance réputation. En effet, il peut déjà entrevoir le jour où les administrateurs exigeront d’une société qu’elle souscrive une assurance réputation avant d’accepter de siéger à son conseil.

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Le présent article fait partie de la bibliothèque en ligne AVANTAGE mensuel, accessible à tous et publiée par la Société des PAA, afin que ses membres, de même que l’industrie de l’assurance de dommages, puissent en bénéficier. Les articles sur des sujets d’actualité présentent une analyse détaillée des tendances observées et des questions à l’ordre du jour, en précisant le contexte qui les entoure ainsi que leur incidence; ils présentent également des commentaires formulés par des spécialistes du domaine dont il est question.

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