L’assurance paramétrique et les pertes découlant de catastrophes naturelles

Par Daryl Angier    |    Mars 2019    |     Lecture de 13 minutes

L’assurance paramétrique (aussi appelée assurance indicielle) est une solution novatrice destinée aux entreprises qui souhaitent préserver leur santé financière et qui n’est pas offerte par les produits d’assurance traditionnels.

Au cours des 30 dernières années, on a eu recours aux produits d’assurance paramétrique et aux obligations-catastrophe sur le marché de la réassurance. Depuis les années 1990, les progrès en matière d’analyse de données et de capacité de traitement ainsi que les besoins de nouveaux produits couvrant un plus large éventail de risques ont alimenté de plus en plus de discussions avec les décideurs organisationnels au sujet de produits d’assurance dont la garantie est mise en jeu par l’atteinte de seuils paramétriques ou indiciels. Ce sont d’abord les grandes organisations des secteurs privé et public qui se sont servies de ces produits afin de faire face à des événements catastrophiques comme les ouragans et les tremblements de terre. Au cours des dernières années, les produits d’assurance paramétrique ont évolué sur les plans de la complexité et de la tarification, de sorte que même les entreprises de petite et moyenne taille les utilisent de nos jours. Certains assureurs ont même mis à l’essai des produits destinés au marché de détail dans certaines régions. Pour les courtiers à la recherche de nouveaux produits pour diversifier leur pratique, l’assurance paramétrique constitue une solution novatrice dans un monde où la fréquence et la gravité des sinistres découlant de catastrophes naturelles semblent augmenter, ce qui risque d’entraîner un rétrécissement du marché.

Comment fonctionne l’assurance paramétrique?

Les principales différences observées entre l’assurance paramétrique (ou assurance indicielle) et les produits d’assurance traditionnels à caractère indemnitaire résident dans la façon dont la garantie est mise en jeu et dans le montant de l’indemnité versée. Dans le cas de l’assurance à caractère indemnitaire, l’assuré reçoit un montant d’argent qui est établi en fonction des dommages matériels subis par les biens lui appartenant. En d’autres mots, ce sont les dommages matériels qui déclenchent l’application de la garantie et qui déterminent le montant de l’indemnité versée.

La garantie prévue aux termes d’un contrat d’assurance paramétrique, pour sa part, est mise en jeu par un événement prédéfini (un paramètre), et le montant de l’indemnité est déterminé d’avance, peu importe les dommages subis. Les solutions d’assurance paramétriques sont structurées en fonction des deux éléments suivants :

1) Un événement mettant en jeu la garantie. Les phénomènes météorologiques survenant dans une zone précise sont, de loin, le type le plus courant de paramètre servant à mettre en jeu la garantie. Ce peut être, par exemple, une tempête dépassant la catégorie 3 sur l’échelle d’intensité des ouragans Saffir-Simpson ou, encore, des quantités de pluie ou de neige qui sont supérieures ou inférieures aux précipitations normales. L’emplacement de l’épicentre d’un tremblement de terre et l’intensité des secousses sismiques sont également des paramètres importants utilisés pour déclencher l’application de la garantie. Le paramètre retenu doit être une mesure objective, transparente et uniforme, de manière à éliminer tout risque subjectif de la part de l’assureur et de l’assuré. Il est aussi essentiel que la mesure puisse être prise rapidement, de façon à assurer un règlement diligent du sinistre. Pour ces raisons, l’efficacité des paramètres utilisés dépend des données fournies par des organismes indépendants de confiance comme Environnement Canada et le United States Geological Survey (USGS)

La nature du paramètre assurable qui est retenu peut varier grandement. Ainsi, ce peut être l’évolution d’un indice boursier, le rendement d’une culture, une panne de courant ou, même, une réduction des sièges-kilomètre voyageurs d’un transporteur aérien. L’événement en question doit toutefois satisfaire aux critères suivants : a) il doit être fortuit, c’est-à-dire être de nature accidentelle et non planifiée, et b) il doit pouvoir faire l’objet d’une modélisation.

2) Un mécanisme de règlement. Si un seuil paramétrique ou indiciel convenu à l’avance est atteint ou dépassé, alors le contrat d’assurance versera un montant précis, quels que soient les dommages matériels subis par l’assuré. L’assurance paramétrique n’exige pas que le sinistre soit soumis à un processus d’expertise. L’indemnité prévue est donc versée rapidement, habituellement dans les 30 jours suivant le sinistre. 

L’indemnisation rapide est l’un des principaux avantages qu’offrent les produits d’assurance paramétrique aux organisations des secteurs privé et public qui doivent composer avec les répercussions immédiates d’une catastrophe.

« Cet avantage est particulièrement apprécié lorsqu’une vaste région a été dévastée par un ouragan ou un tremblement de terre et que le nombre d’experts en sinistres en fonction est restreint, que les ressources des entrepreneurs en construction sont utilisées au maximum et que la quantité de matériaux de construction disponible est limitée », déclare Robert Nusslein, chef, Solutions novatrices de gestion des risques pour l’Amérique, au sein de la société Swiss Re Corporate Solutions. Avec une assurance à caractère indemnitaire traditionnelle, « il peut alors être très difficile d’être rapidement indemnisé et de trouver les produits et les entrepreneurs nécessaires pour effectuer les travaux de réparation requis ».

Au cours des dernières années, les assureurs offrant des produits d’assurance paramétrique ont peaufiné les mécanismes de règlement des sinistres pour réduire le risque de base inhérent à la première génération de ce type de produits. La garantie des produits de première génération ne s’appliquait que si des exigences strictes étaient satisfaites. Par exemple, la garantie de ces produits n’entrait en jeu que si l’œil de l’ouragan passait dans un rayon de 40 kilomètres des lieux assurés ou que l’épicentre d’un tremblement de terre se situait dans un rayon ou un cadre établi autour des lieux assurés.


EN QUOI CONSISTE LE RISQUE DE BASE?

Le risque de base est le risque associé à un produit d’assurance qui ne produit pas les effets escomptés ou qui n’intervient pas lorsque survient l’événement qui est censé faire l’objet d’une protection. En ce qui a trait à l’assurance paramétrique, le risque de base fait référence au facteur de « quasi-réalisation » d’un risque couvert. Par exemple, un assuré détient un contrat d’assurance paramétrique dont la garantie sera mise en jeu si l’ouragan passe dans un rayon de 40 kilomètres de sa propriété. Un ouragan survient, causant des dommages considérables aux biens de l’assuré, mais l’œil de l’ouragan passe à 50 kilomètres des lieux assurés, donc à l’extérieur du rayon couvert. Par conséquent, la garantie du contrat n’est pas mise en jeu. Le risque de base peut être particulièrement important au moment de concevoir un produit d’assurance paramétrique destiné à couvrir les tremblements de terre.

Le risque de base ne concerne pas uniquement l’assurance paramétrique. Les modalités, les exclusions ainsi que les montants et sous-montants de garantie que l’on trouve dans tout produit d’assurance à caractère indemnitaire traditionnel sont également des types de risque de base.


Dans le scénario présenté ci-dessus, l’application de la garantie ne serait pas déclenchée si l’œil de l’ouragan passait juste à l’extérieur du cercle délimitant le rayon couvert par l’assurance ou que l’épicentre du tremblement de terre se situait hors du cadre défini. Néanmoins, l’assuré pourrait avoir subi des dommages causés par les vents violents ou les secousses sismiques. Pour pallier ces limitations, les compagnies d’assurance ont conçu des produits plus raffinés, qui tiennent compte de l’intensité des secousses sismiques à certains endroits ou du dépassement de la vitesse du vent et des précipitations normales dans une zone donnée. De plus, le règlement d’un sinistre peut dorénavant se faire par étape, plutôt que d’un seul coup. Par exemple, si la vitesse des vents dans le rayon couvert par l’assurance est supérieure à 160 km/h, l’assuré recevra une indemnité égale à 50 % du montant de garantie prévu au contrat; si la vitesse des vents est supérieure à 240 km/h, il recevra 75 % du montant de garantie, et ainsi de suite.

Quelle utilisation fait-on des produits d’assurance paramétrique?

Les spécialistes s’entendent pour dire que l’assurance paramétrique est un complément utile aux programmes d’assurance traditionnels, mais qu'elle ne les remplacera jamais. L’assurance paramétrique est très utile pour compenser une perte de revenu et les frais supplémentaires engagés en cas de catastrophe. Cela est particulièrement vrai lorsque les biens propres de l’assuré ne subissent que très peu de dommages matériels – ou n’en subissent pas du tout, ce qui veut dire que la partie de son contrat traditionnel d’assurance des biens qui couvre les pertes d’exploitation n’interviendra pas. L’assurance paramétrique, en assurant un versement rapide des indemnités, permet aussi d’injecter une quantité importante de fonds afin d’offrir une aide d’urgence et de répondre à d’autres besoins à un moment où les sources de revenus d’une organisation privée ou publique peuvent se tarir en raison d’un désastre.

« Les produits d’assurance paramétrique ont d’abord été utilisés à titre d’obligations catastrophes sur le marché de la réassurance, puis ils ont commencé à gagner en popularité auprès d’importantes organisations privées et gouvernementales dans les années 90 et au début des années 2000 », déclare Balz Grollimund, chef, Souscription des traités de réassurance pour le Canada et les Antilles britanniques au sein de la société Swiss Re.

« Au Japon, qui fut l’un des premiers et qui est encore l’un des plus gros marchés en assurance paramétrique, il était très difficile pour les grandes entreprises comme les usines de fabrication de semi-conducteurs et les constructeurs automobiles de se procurer de l’assurance pour couvrir les pertes d’exploitation résultant d’un tremblement de terre. L’assurance paramétrique a permis de combler un besoin auquel les produits traditionnels ne répondaient pas », ajoute M. Grollimund. 

Du côté des organismes publics et gouvernementaux, il mentionne l’apport important du 
Caribbean Catastrophe Risk Insurance Facility (CCRIF SPC). Cet organisme fut l’un des premiers à adopter les produits de type paramétrique basés sur la modélisation des pertes pour soutenir les opérations de secours aux sinistrés à la suite d’ouragans et de tremblements de terre. 

Robert Nusslein, de la société Swiss Re Corporate Solutions, souligne l’importance de l’année 2005, durant laquelle sont survenus les ouragans Katrina, Wilma et Rita – un tournant en Amérique du Nord en ce qui a trait à l’intérêt porté à l’assurance paramétrique.

« En 2005, les gestionnaires de risques ont commencé à nous faire part de leurs préoccupations concernant les produits d’assurance traditionnels qui, même s’ils les considéraient comme utiles et importants, ne répondaient pas complètement à leurs besoins. Ce que nous constatons en cas de catastrophe naturelle, c’est qu’il arrive que des clients ne subissent pas de dommages matériels ou n’en subissent que très peu, mais que la région où ils se trouvent est dévastée. Les infrastructures de la région ayant été touchées par le désastre, les assurés peuvent avoir de la difficulté à expédier leurs produits ou à recevoir des marchandises en provenance d’un port dont les activités ont été perturbées. Ce type de dommages n’est habituellement pas couvert par l’assurance parce qu’il ne touche pas un élément d’actif assuré qui leur appartient. Il n’en demeure pas moins qu’il nuit à leurs activités », affirme M. Nusslein.

Il ajoute que l’intérêt porté à l’assurance paramétrique a encore augmenté récemment en raison des ouragans Harvey, Irma et Maria, en 2017, et des ouragans Florence et Michael, en 2018.


Quels secteurs ont recours à l’assurance paramétrique et comment l’utilisent-ils?

Divers secteurs ont maintenant recours à des solutions d’assurance paramétrique. Ces contrats comportent des dispositions de nature variée qui déclenchent le versement d’une indemnité afin de préserver la santé financière de l’organisation et de fournir à cette dernière les fonds qu’elle serait autrement incapable d’injecter elle-même pour poursuivre ses activités. Voici quelques exemples de secteurs qui ont adopté l’assurance paramétrique :

>L’agriculture. Selon Matthew Zuccato, responsable national, Solutions de transfert des risques non traditionnels de Marsh Canada, les préoccupations courantes dans le secteur de l’agriculture sont celles qui sont les plus évidentes, à savoir les tempêtes, le gel, la sécheresse et les autres phénomènes météorologiques pouvant endommager les récoltes.
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La construction. La chaleur intense tout comme le froid extrême peuvent retarder la fin des travaux. « Vous devez examiner les dispositions contractuelles liant le propriétaire et l’entrepreneur en construction afin de déterminer à qui a été transféré le risque que constitue le démarrage en retard des travaux, ajoute M. Nusslein. Est-ce l’entrepreneur en construction qui paie des dommages-intérêts pour le retard de livraison? Ou est-ce le propriétaire qui prend ce risque à sa charge en se disant que l’élément d’actif sera opérationnel à temps, mais qui se rend finalement compte qu’il sera incapable d’en tirer des revenus en raison de retards causés par des phénomènes météorologiques? »
>Les services publics. M. Nusslein souligne que la plupart des lignes de transmission et de distribution ne sont pas assurables. Les produits d’assurance paramétrique peuvent fournir une solution de rechange permettant de financer des travaux de réparation onéreux à la suite de catastrophes majeures.
>L’industrie hôtelière. Les hôtels situés dans des régions exposées aux tempêtes sont d’importants consommateurs de produits d’assurance paramétrique. L’assurance sert à couvrir les pertes de revenu considérables liées aux annulations de réservations qui peuvent survenir à la suite d’un désastre naturel.
>Les ports et les aéroports. Les ports et les aéroports appartiennent typiquement à un organisme du secteur public comme une municipalité ou un ordre de gouvernement régional. Si les installations d’un port sont endommagées durant une tempête, il peut en résulter une perte de revenu considérable pour l’organisme qui en est le propriétaire.
>Les municipalités. Des villes importantes comme Toronto et Montréal peuvent être amenées à se procurer un produit d’assurance paramétrique pour faire face à des chutes de neige record si celles-ci risquent d’entraîner un dépassement du budget de déneigement municipal avant la fin de l’hiver.
>L’exploitation minière. Matthew Zuccato, de Marsh Canada, explique que l’accumulation de précipitations abondantes dans les mines à ciel ouvert ou sur les routes d’accès peut interrompre les activités minières et entraîner des pertes d’exploitation importantes.

Après avoir été adoptés par ces différents secteurs, les produits d’assurance paramétrique sont maintenant recherchés par des acheteurs œuvrant dans des domaines d’activité qui ne semblent pas, à première vue, exposés aux catastrophes naturelles. Robert Nusslein, de Swiss Re Corporate Solutions, indique qu’il a constaté beaucoup d’intérêt de la part de sociétés d’investissement privé qui achètent des portefeuilles de prêts et des actifs immobiliers à prix réduit, et qui souhaitent protéger leur investissement pendant la période de détention.

De même, affirme Michael Gruetzmacher, directeur général de l’équipe Solutions de transfert des risques non traditionnels de la société Aon, les entreprises de technologie californiennes s’intéressent à l’assurance paramétrique dans le but d’aider leurs employés en cas de tremblement de terre. 

« Qu’arrive-t-il si ces entreprises doivent engager des sommes importantes pour aider leurs employés à reprendre une vie normale? Ces entreprises ont investi beaucoup d’argent dans leurs activités technologiques et elles ont l’impression qu’elles protègent assez bien leurs propres actifs. Ce sont surtout les éléments qui échappent à leur contrôle qui les inquiètent », ajoute M. Gruetzmacher.


Lorsqu’il est impossible de prendre le risque à sa charge

Les exemples d’utilisation qui précèdent ont des points en commun : les risques en cause sont soit non assurables au moyen de produits d’assurance à caractère indemnitaire, soit simplement trop importants pour qu’une organisation les prenne en charge. Un bon exemple de ce type de situation est le recours à des produits d’assurance paramétrique pour compenser la franchise à payer en cas de tremblement de terre et d’autres risques.

« Aux États-Unis, la valeur des biens assurés par certaines organisations du secteur public comme les systèmes d’universités publiques oscille entre 20 et 50 milliards de dollars, déclare M. Nusslein. La franchise qu’ils assument peut représenter de 3 % à 5 % de cette valeur assurée. Ces organisations doivent donc prendre en charge des montants très élevés. Cela les amène à remettre en question la pertinence des garanties offertes par le biais des produits d’assurance traditionnels couvrant les catastrophes naturelles et à se tourner vers l’assurance paramétrique. »

« Même en souscrivant une solution d’assurance de type paramétrique, le client pourrait être obligé d’assumer un découvert important et de recourir à la réassurance, souligne M. Zuccato, de Marsh Canada. L’objectif véritable est de parvenir à atténuer la volatilité des revenus et à protéger la santé financière de l’organisation. »

Les défis associés à l’assurance paramétrique

Pour les assureurs qui souhaitent offrir des produits d’assurance paramétrique, le premier défi consiste à obtenir les approbations réglementaires requises des autorités des régions où ils ont l’intention de commercialiser ces produits. L’assurance paramétrique fonctionne de façon semblable aux produits dérivés, à la différence qu’il existe un intérêt assurable. Les produits d’assurance paramétrique exigent généralement que l’assuré remplisse une simple attestation indiquant qu’il a subi des pertes égales ou supérieures au montant qu’il a versé comme preuve de son intérêt assurable.

« Chaque organisme de réglementation a son propre point de vue quant à ce type de produit – et ce point de vue peut être fort différent d’une région à une autre, déclare M. Grollimund. Dans certains pays, les produits d’assurance paramétrique ne sont pas encore offerts. Les organismes de réglementation de ces pays n’ont donc pas encore eu l’occasion d'exprimer d’avis à de sujet. » Au Canada, certaines compagnies ont amorcé le processus d’approbation réglementaire en vue d’offrir ces produits.

En ce qui a trait au mode de fonctionnement du produit, les spécialistes conviennent que le principal défi est d’obtenir des données fiables pour pouvoir modéliser le risque qui préoccupe l’assuré. Toutefois, il arrive encore que l’on soit incapable de modéliser avec précision certains risques, malgré tous les progrès accomplis au cours des dernières années. Matthew Zuccato, de Marsh Canada, nous fournit un exemple propre au marché canadien.

« Certains réassureurs ont recours aux images satellites pour comprendre la source des pertes subies lorsque le risque est difficile à documenter, comme dans le cas des feux de forêt. Accéder à certains endroits ou recueillir des données peut être difficile. Mais à mesure que le temps passe, ces problèmes s’atténuent. »

Le coût est un autre point qui préoccupe les responsables de l’achat des produits d’assurance. Comparativement aux produits d’assurance à caractère indemnitaire comportant des montants de garantie similaires, les produits d’assurance paramétrique peuvent sembler coûteux. Selon M. Gruetzmacher, de la société Aon, la prime d’une assurance paramétrique représente, en général, de 2 % à 5 % du montant de garantie prévu au contrat. Par conséquent, la prime d’un contrat d’assurance paramétrique comportant un montant de garantie de 50 millions de dollars pourrait aller de 1 à 2,5 millions de dollars. Quant à elle, la prime d’un produit d’assurance à caractère indemnitaire comportant le même montant de garantie serait très inférieure à celle exigée pour l’assurance paramétrique.

« Ce qu’il faut retenir, c’est que le produit d’assurance traditionnel ne couvre que les dommages matériels et les pertes d’exploitation qui en découlent, tandis que l’assurance paramétrique couvre tous les frais imputables au sinistre en question », ajoute-t-il.

Toutefois, le plus grand défi est probablement d’informer le public, notamment les clients et les courtiers, sur la façon dont les produits d’assurance paramétrique fonctionnent.

Pour Balz Grollimund, cela ne se résume pas à dire : « Si vous avez des annulations, vous serez dédommagés. Ce type d’assurance est difficile à mettre en marché parce que vous devez expliquer ce qu’il fait et ce qu’il ne fait pas. Il y a souvent un décalage entre les indemnités prévues au contrat et ce que la personne qui se procure l’assurance souhaite avoir. »

L’assurance paramétrique : des possibilités pour les courtiers et les consommateurs

Bien que les spécialistes soient d’avis que les produits d’assurance paramétrique aient de bonnes chances de rester confinés à des créneaux précis, le nombre de débouchés continue néanmoins de croître.

« La véritable valeur liée à l’utilisation de paramètres pour mettre en jeu la garantie réside dans le fait qu’ils élargissent la gamme de solutions possibles, précise M. Gruetzmacher. Cela permet de réfléchir de manière plus créative à la façon dont nous nous servons des capitaux fournis par l’assurance pour résoudre des problèmes. »

Selon M. Zuccato, les produits d’assurance paramétriques permettent aux courtiers d’amorcer un dialogue avec un plus grand nombre de parties prenantes au sein des organisations.

« Il est toujours agréable de travailler non seulement avec le responsable de l’assurance au sein d’une organisation, mais également avec l’équipe de la gestion des risques, qui peut avoir répertorié un ensemble de risques qui ne répondent peut-être pas aux critères du programme d’assurance de l’entreprise et qui, de ce fait, ne sont pas assurables. Vous pouvez alors commencer à élaborer des solutions d’assurance pour les risques qui étaient jusque-là exclus. Dans plusieurs organisations, il est possible de mieux harmoniser les activités du service de la gestion des risques et celles du service des assurances. »

Les réalités fiscales propres au marché de l’assurance traditionnelle peuvent aussi présenter de nouvelles occasions de commercialiser des produits d’assurance paramétrique.

« L’augmentation du nombre de catastrophes naturelles et la variabilité des conditions météorologiques saisonnières contribuent à mettre ces solutions d’assurance au premier plan, ajoute M. Zuccato. À mesure que ces phénomènes météorologiques se répéteront ou s’aggraveront, l’intérêt suscité par les produits d’assurance traditionnels et leur tarification risque de diminuer, tandis que l’utilisation de solutions d’assurance paramétrique se généralisera. »

Michael Gruetzmacher est d’avis que l’émergence éventuelle d’un marché étroit et le resserrement des modalités et des montants de garantie qui en découlent pourraient aussi offrir des perspectives intéressantes pour l’assurance paramétrique.

« Le marché de l’assurance traditionnelle sera plus volatil, étant donné qu’il est mû en grande partie par le désir de stabilité financière des assureurs. À l’inverse, si nous réussissons à recueillir des données probantes sur l’événement couvert, le marché de l’assurance paramétrique devrait s'avérer plus stable puisque ce type de produit est basé sur la probabilité qu'un événement survienne. »

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