Bulletin

Tour d'horizon trimestriel | Hiver 2026

Par Naomi Grosman

Coup de projecteur sur les tendances d’un marché faible au Canada

La diversité des pratiques de souscription des assureurs de dommages au Canada pour différentes gammes de produits dévoile un portrait nuancé du marché. On ne peut que constater l’assouplissement de la tarification au lendemain des pratiques en vigueur sur le marché étroit de la période pandémique, autant pour l’assurance des biens des entreprises que pour celle de la responsabilité civile des administrateurs et des dirigeants, et pour la cyberassurance. Le marché actuel est favorable aux acheteurs plutôt qu’aux souscripteurs et aux courtiers, qui peinent d’ailleurs à trouver le juste équilibre entre tarification concurrentielle et appréciation sélective du risque.

Un rapport du cabinet de courtage mondial Marsh révèle qu’au troisième trimestre de 2025, les taux d’assurance des entreprises ont chuté dans toutes les gammes de produits majeures. Dans l’ensemble, les taux ont chuté de trois pour cent, contre quatre pour cent au deuxième trimestre de 2025. En assurance des biens des entreprises, ils ont décliné de trois pour cent malgré l’augmentation de la capacité de souscription; la branche accidents a également accusé une baisse à ce chapitre, pour le neuvième trimestre consécutif, avec une diminution de trois pour cent; en assurance des risques financiers et de la responsabilité professionnelle, la chute se chiffre à cinq pour cent, et en cyberassurance, à trois pour cent.

En dépit de la baisse constante des taux depuis le troisième trimestre de 2023, le marché faible ne s’est pas effondré. Par ailleurs, la conjoncture politique et économique oblige les assureurs et les courtiers à résister à une rude concurrence tout en veillant au maintien des résultats financiers.

L’analyse trimestrielle de l’hiver 2026 portera sur l’incidence des tendances du marché faible sur les assureurs et les courtiers. Pour une gestion plus rigoureuse des risques, elle étudiera également ce qui se produit en cas de réassurance en excédent et lorsque la capacité de souscription correspond aux besoins des entreprises. Elle explicitera également le contexte des tendances macroéconomiques. L’accent sera mis sur les droits de douane des États-Unis et sur l’évolution des taux d’intérêt au Canada, lesquels sont passés de 4,5 pour cent en juillet 2024 à 2,25 pour cent en décembre 2025. Les effets de ces tendances sur l’industrie de l’assurance seront dès lors analysés.

Rendement satisfaisant, expérience décevante

Matthew Studley est chef de l’exploitation des régions de l’Ontario et de l’Atlantique à HUB. Il y supervise l’assurance des entreprises et les portefeuilles d’avantages sociaux. Ce cabinet de courtage domicilié aux États-Unis est l’un des plus grands du Canada. Comptant environ 1 000 employés, le cabinet gère l’assurance et les risques complexes de toutes sortes d’entreprises, des petites aux moyennes ainsi qu’aux multinationales cotées en bourse.

M. Studley affirme que c’est le segment des entreprises qui a le plus pâti de l’assouplissement des taux, une tendance qui s’est amorcée pour HUB à l’automne 2023 en assurance de la responsabilité civile des administrateurs et des dirigeants. On constate la même situation en cyberassurance et, à l’exception des garanties contre risques de catastrophes naturelles, les taux d’assurance des entreprises suivent également cette courbe descendante. Les taux d’assurance de la responsabilité civile professionnelle sont certes plus stables, mais pas constants.

« Pendant la pandémie de COVID-19, on s’en sortait très bien pour l’assurance de la responsabilité civile des administrateurs et des dirigeants; mais ensuite, nous sommes tombés de haut, explique M. Studley. Depuis, les taux ne sont pas remontés; bien au contraire. »

Il souligne également une perte de capacité de souscription sur le marché canadien, compte tenu de l’incertitude engendrée par la pandémie. Au début des années 2020, on a observé une certaine attrition de la clientèle des syndicats de souscription du Lloyd’s de Londres au Canada; certains ont vu leur capacité réduite tandis que d’autres ont réussi à combler les failles . D’après la description qu’en fait M. Studley, ce phénomène est lié à la pandémie; puisque les pertes extrêmes ne se sont pas produites, on a ensuite constaté un retour en force de la capacité.

Les titulaires de police, quant à eux, ne savent plus quoi faire. Dans le contexte de marché étroit, les taux augmentaient de 40 pour cent, alors qu’à partir de 2023, ils se sont mis à dégringoler de 30 pour cent, ajoute le spécialiste.

« La nouvelle capacité de souscription a déferlé sur le marché canadien, entraînant une baisse vertigineuse des prix. Difficile de trouver une autre explication à cette réalité que celle de la sortie des marchés constatée en amont », commente M. Studley.

Un retour en force de la capacité de réassurance pourrait aussi contribuer à l’émergence de conditions favorables aux acheteurs en matière d’assurance des biens des entreprises.

Marcos Alvarez, administrateur délégué d’institutions financières internationales à l’agence de notation Morningstar DBRS, attribue la faiblesse du marché de l’assurance de biens des entreprises au regain de capacité de réassurance. Il s’agit d’un phénomène mondial; il n’est pas propre au Canada.

Il convient toutefois de faire preuve d’un certain discernement, compte tenu de l’exposition aux risques de catastrophes naturelles et du caractère sélectif de l’appréciation du risque au Canada.

« Pendant la pandémie, les entreprises généraient des profits et étaient donc en mesure d’absorber les augmentations de taux, explique M. Alvarez. Jusqu’à maintenant, il n’y a rien de particulier à signaler relativement aux catastrophes naturelles pour 2025. En revanche, l’année 2024 a battu des records sur le plan des sinistres, d’où la frilosité des assureurs quant aux risques de dégâts d’eau, d’inondation et de feu de forêt. »

Selon lui, même dans un marché faible comme celui du Canada, les compagnies d’assurance notées par DBRS s’en sortent bien, le pays étant propice au développement de ce secteur, notamment pour la branche accidents, la cyberrassurance et l’assurance des risques financiers. Si aucun événement majeur ne se produit en 2026, cette tendance devrait se confirmer.

« On relève de bons ratios combinés dans l’industrie de l’assurance de dommages au Canada. Pour moi, cela témoigne d’une grande rigueur de l’appréciation du risque, ce qui est positif en matière de crédit, poursuit M. Alvarez. Les assureurs parviennent à assumer des ratios combinés inférieurs à 100, même dans un marché en déclin qui ne laisse encore entrevoir aucune remontée – même pas en 2024, pendant laquelle de graves sinistres sont pourtant survenus. »

Paul Croft est chef de l’exploitation à Aon Canada. Aon est un cabinet international de services professionnels coté en bourse qui détient un portefeuille de courtage axé sur l’assurance et la réassurance. Au cours de sa carrière de près de 40 ans, M. Croft, spécialiste chevronné des assurances, a été témoin de plusieurs cycles oscillant entre faiblesse et vigueur du marché.

Selon lui, la faiblesse actuelle du marché était prévisible. En effet, après toute période sombre – comme la pandémie ou les attentats du 11 septembre –, l’industrie del’assurance peut rapidement passer d’une tendance faible à une tendance forte, puisque les assureurs prennent du recul, à la recherche de stabilité. En contrepartie, cette réduction de capacité de souscription ouvre la voie à un nouvel affaissement du marché.

M. Croft soutient qu’Aon Canada observe de la volatilité, notamment en cyberassurance, ainsi qu’une concurrence de plus en plus aiguë en assurance de la responsabilité civile des administrateurs et des dirigeants, dont les produits sont moins « courants »; les produits d’assurance responsabilité civile des entreprises accusent également une tendance descendante. Tant que la rentabilité perdurera, les taux resteront bas.

« Les compagnies d’assurance canadiennes se portent bien, affirme M. Croft. Certes, les taux pratiqués pèsent sur les résultats, mais les rapports sinistres/primes sont encore bons. »

Dans l’ensemble, les assureurs parviennent à tirer leur épingle du jeu dans ce marché faible. Pour autant, sur le terrain, les courtiers doivent redoubler d’efforts pour fidéliser la clientèle, ce qui démontre à quel point le marché s’avère difficile, malgré des taux satisfaisants et des ratios combinés encourageants.

Josiane Bérubé est directrice régionale de Wynward Insurance Group au Québec. Elle est à la tête d’une équipe de six personnes qui propose des produits d’assurance de dommages pour les entreprises. Même si elle fait carrière dans l’industrie de l’assurance depuis 15 ans, c’est la première fois qu’elle est confrontée à un marché d’une telle complexité, où une réduction de 10 pour cent des taux constitue une baisse légère.

« On se demande si on doit se battre pour retenir la clientèle ou s’il vaut mieux lâcher du lest sur ce plan. A-t-on vraiment intérêt à lutter?, se demande Mme Bérubé. Comme on ne peut fixer nos taux en deçà de nos seuils de référence, on court le risque de passer à côté de contrats, faute de pouvoir rivaliser avec la concurrence. »

Wynward offre de nombreux produits d’assurance spécialisée aux entreprises de fabrication, aux exploitants de moulins à et de provenderies, aux entrepreneurs et aux entreprises de construction. Mme Bérubé relève que les compagnies d’assurance qui ne prenaient pas en charge ce type de risques auparavant le font maintenant. Les clients peuvent dès lors regrouper tous leurs programmes chez un même assureur plutôt que de multiplier les souscriptions auprès de compagnies diverses, ce qui ne manque pas d’accentuer la concurrence.

La spécialiste indique que les courtiers avec qui elle travaille doivent aussi composer avec des pressions écrasantes dues aux modèles de rémunération par commission dont ils dépendent. Elle souligne également une autre tendance : le regroupement de polices similaires. Ainsi, plusieurs assurés peuvent former un groupe pour bénéficier d’un taux négocié par leurs courtiers. Il est dès lors plus difficile pour la concurrence d’approcher ces titulaires de police, mais cette tactique n’est pas sans risques pour l’assureur.

« Ce sont bel et bien les assurés qui mènent la danse, maintenant, déclare-t-elle. En tant qu’assureur, au moins, je ne subis pas la perte de commission si un client se tourne vers la concurrence. Les courtiers, eux, pour trois fois plus de travail sur un dossier, perdent des revenus en cas de baisse de rentabilité du compte. L’incidence salariale est donc inéluctable pour eux. »

M. Studley, de HUB, abonde dans le même sens que Mme Bérubé pour ce qui est de la complexité du marché actuel. « Les courtiers sont vraiment aux aguets pour décrocher des affaires nouvelles. »

Tous deux affirment que la faiblesse du marché n’est pas sans effets sur l’industrie de l’assurance partout au Canada, bien que la situation diffère d’une province à l’autre.

« Le ralentissement du marché semble être national; mais en y regardant de plus près, Toronto, l’Ontario et le Canada atlantique en sont le point de départ et en seront aussi probablement le terme, avance M. Studley. Cela dit, l’Ontario étant une pièce maîtresse de l’économie du pays et le terrain de croissance et de fidélisation le plus fertile pour les assureurs, la situation risque d’y empirer. »

Hormis la pression liée aux taux, il faut tenir compte de contraintes autres que celles des précédents cycles de déclin, comme des fluctuations constantes et des facteurs macroéconomiques imprévisibles.

M. Alvarez précise que l’incidence de l’évolution des taux d’intérêt sur les rendements sur investissements des assureurs est calculée sous forme de notes, mais pas les droits de douane américains.

« Une certaine volatilité en provenance des États-Unis s’est installée et les signaux sont instables; l’ensemble de l’économie canadienne n’en a pas encore fait les frais. Pour le moment, il n’y a pas grand changement, indique-t-il. Tout se joue dans les institutions financières, donc les effets seront différés. »

Et d’ajouter : « Du point de vue des assureurs, ce n’est pas très bon signe, compte tenu de la montée des prix des pièces automobiles; mais certains en ont besoin pour augmenter leurs taux. Pour les taux d’intérêt, l’orientation prise est claire, mais il n’en est pas de même pour les droits de douane. »

Pour Mme Bérubé, l’instabilité liée aux droits de douane accentue le sentiment d’incertitude des assurés. Non seulement les prix et la disponibilité des stocks varient à cause de la faiblesse du marché, mais en plus, l’incertitude engendrée par les modifications de droits de douane éveille la panique des Canadiens.

« Les courtiers nous approchaient, mais les assureurs refusaient de placer leurs produits aux États-Unis. Les activités étaient interrompues et les réclamations affluaient parce que les marchandises étaient bloquées à la frontière, retardées ou non expédiées. Nous avons donc dû faire preuve de flexibilité, raconte-t-elle. Cela ne fait plus autant de bruit maintenant, mais les gens ont longtemps été en état de stress, ne sachant pas comment gérer ces situations. Il nous faut amasser davantage de preuves de l’incidence directe de cette période sur le marché. »

M. Croft, quant à lui, reconnaît l’instabilité économique ambiante découlant de facteurs comme l’inflation, les taux d’intérêt, les ruptures de chaînes d’approvisionnement, la situation géopolitique, les droits de douane et les conflits mondiaux. Il remarque aussi le potentiel d’expansion commerciale du Canada vers l’Inde, autre question géopolitique susceptible de bouleverser l’industrie. Malgré cette instabilité, les assureurs continuent d’engranger des profits.

« Cette volatilité plane au-dessus de l’industrie, mais personne ne sait ce qu’il en résultera », commente M. Croft.

Pressions sur la réputation et sur le savoir-faire

Pour M. Studley, la compréhension des variations de prix et de l’incidence des facteurs économiques sur l’industrie de l’assurance repose largement sur l’observation du rôle des acheteurs au sein de leur entreprise.

À ce chapitre, il cite l’exemple de la clientèle de HUB, qui comprend aussi bien des directeurs et vice-présidents financiers que des directeurs d’affaires juridiques et des directeurs généraux. Plus l’échelon de poste est élevé, moins la personne a de temps à consacrer à un aspect unique des activités de l’entreprise, comme les finances. En outre, la réaction aux changements de prix varie en fonction de la branche d’assurance et du secteur concernés par la souscription en question.

Par ailleurs, les changements peuvent se produire si rapidement qu’ils en viennent à échapper aux acheteurs.

« Certains secteurs, comme les services financiers, saisissent ces nuances, précise M. Studley. Les petites et moyennes entreprises sont moins au fait de ce type d’incidences sur leurs résultats mensuels ou comprennent moins bien les mécanismes de leur assurance. Ce n’est pas aussi important pour elles. »

Il ajoute que l’approche de gestion du risque de réputation due aux changements de taux sur un marché hautement concurrentiel doit être adaptée à différents facteurs.

M. Croft mentionne que, dans le contexte de la vente de produits aux particuliers, comme les assurances habitation et automobile des particuliers, il est plus courant d’échanger avec des clients qui n’en savent que très peu sur les cycles de marché et sur l’incidence des tendances macroéconomiques sur les assurances, ce qui est tout à fait compréhensible.

« Nous observons moins ce phénomène du côté des entreprises, car les acheteurs ont plus de connaissances financières, ont recours à l’analytique pour comprendre la tarification recherchée et y voient davantage une occasion de tirer le meilleur parti de leurs programmes d’assurance et d’augmenter leurs montants de garantie », indique-t-il.

Selon M. Studley, dans ce marché, la valeur du courtier et de l’assureur est fermement une question de perception de la part du client. Bien que les activités de base comme les réclamations et les relations à long terme avec les titulaires de police demeurent extrêmement précieuses, certains clients finiront peut-être par aller voir ailleurs pour trouver de meilleurs prix.

Il ajoute aussi que cette situation exacerbe le besoin déjà urgent de talents du côté des courtiers.

« Si l’on travaille à la commission et qu’il faut tripler les efforts pour obtenir 80 % de l’argent, un énorme déséquilibre s’installe, et les employés ainsi que les relations avec les assureurs sont mis à rude épreuve. Cela est particulièrement vrai pour les courtiers et les assureurs qui n’ont pas réagi assez rapidement au marché faible », affirme Studley.

Toujours selon lui, un personnel exténué pourrait ultimement poser problème. Dans un marché qui présente des conditions difficiles, alors que l’industrie a plus que jamais besoin de professionnels bien formés, les fonds investis dans la formation, le perfectionnement professionnel et le développement des talents sont moindres. Et des performances insuffisantes pourraient avoir des répercussions en aval sur l’industrie et la qualité de l’assurance des titulaires de police.

« Lorsque les gens cherchent à croître et subissent des pressions financières, le manque d’expertise devient un problème plus important pour les cabinets de courtage de petite ou moyenne taille, souligne M. Studley. En raison de ce manque, la qualité des protections offertes pourrait se dégrader. Les clients auront peut-être accès à une assurance à prix moindre, mais comprennent-ils vraiment le coût de cette économie? »

Selon M. Studley, la situation n’est pas attribuable à la mauvaise foi, mais plutôt au nombre décroissant d’employés possédant le niveau d’expertise nécessaire dans certains secteurs ou pour certains produits.

« Lorsque l’on manque de connaissances, on ne sait pas quoi conseiller, déclare-t-il. C’est pour cette raison que les titulaires de police nous engagent à titre de conseillers. De plus, dans le marché actuel, les assureurs s’exposent à de graves problèmes de réputation, et ce, même s’ils refusent légitimement une réclamation. »

Recours à des outils et développement des talents pour maintenir sa compétitivité dans un marché faible

Le recours aux données et à l’analytique ainsi que les connaissances déjà acquises des nouveaux talents de l’industrie en ce qui a trait à l’intelligence artificielle (IA) sont une véritable bénédiction face aux pressions du marché faible.

M. Croft affirme que les outils et les données accessibles sont la clé du maintien d’une souscription rigoureuse dans un marché faible.

« Comparativement aux précédents marchés faibles, nous observons une utilisation accrue des données et de l’analytique; nous avons beaucoup plus de données que par le passé, dit-il. Grâce aux capacités d’analytique améliorées, nous pouvons fixer les prix avec grande précision et surveiller les risques. Plus particulièrement, à l’aide d’outils d’analytique dotés d’IA, nous pouvons améliorer la façon dont les courtiers voient les risques auxquels s’exposent les clients et échanger avec les assureurs en étant plus informés. »

C’est ici qu’il pourrait être avantageux de compter sur la nouvelle génération de professionnels d’assurance, car ils tendent à être des natifs numériques, notamment en ce qui concerne l’IA.

M. Studley affirme que, quelle que soit l’opinion des employés plus expérimentés à l’égard des plus jeunes, il est essentiel d’attirer de nouvelles personnes dans l’industrie de l’assurance.

« Il y a bel et bien des personnes issues des nouvelles générations qui comprennent notre secteur et travaillent fort. Nous devons faire tout en notre pouvoir pour les soutenir et leur offrir des formations techniques ainsi que des possibilités d’avancement, dit-il. On peut dire ce que l’on veut sur les jeunes travailleurs, mais nos concurrents ne resteront pas les bras croisés : ils vont les recruter et miser stratégiquement sur ceux qui ont le potentiel de faire des progrès, mais aussi sur une approche pour perfectionner de manière équilibrée leurs compétences générales et connaissances techniques. »

De son côté, Mme Berube affirme que les compétences générales sont cruciales dans ce type de marché. Dans un secteur comme l’assurance qui est axé sur les relations, peu de choses peuvent remplacer un appel à un courtier. Mme Berube a observé que les jeunes employés ont du mal avec cela. Selon elle, il y a un écart générationnel en ce qui a trait à la façon dont ils accomplissent leur travail.

« Il y a des clients avec lesquels nous n’avons aucune relation, et cela affecte rapidement notre entreprise, mentionne-t-elle. Ça a été une année difficile, et plusieurs employés des nouvelles générations n’ont jamais vu un marché faible auparavant. Cela crée un besoin important lié aux compétences générales, qui sont parfois absentes chez la plus jeune génération, notamment en ce qui concerne les négociations, la gestion de la pression professionnelle et la façon de communiquer avec les courtiers; en ce moment, dans notre secteur, il faut bien plus que de solides compétences techniques. »

M. Studley s’est montré optimiste quant à la nouvelle génération de travailleurs qui font leur entrée dans l’industrie de l’assurance. En fait, il a tellement bon espoir qu’il estime que nous avons besoin d’encore plus de ces personnes. Et, surtout, leurs compétences de natifs numériques pourraient être utiles dans ce marché faible.

« Ont-ils besoin d’apprendre notre façon de faire, ou est-ce simplement plus facile pour nous? Si nous arrivons à développer les compétences techniques en assurance des nouveaux venus du secteur, ceux-ci pourront combler un vide alors que les outils d’IA évoluent. »

C’est bientôt fini?

Le seul consensus quant à la fin du marché faible est qu’un flou persiste.

Selon M. Alvarez de DBRS Morningstar, la durée des cycles semble différente depuis le dernier marché faible.

« Généralement, il y a un marché faible pendant quatre ou cinq ans, puis un marché étroit pendant deux ans, dit-il. Le dernier marché étroit a plutôt duré cinq ans, alors le marché faible dans lequel nous nous trouvons sera peut-être plus court que le précédent. Les marchés étroits duraient habituellement deux ou trois ans, mais le dernier a été plus long. Il pourrait donc y avoir une inversion de la durée des cycles. »

M. Croft affirme que, peu importe la durée du marché faible, c’est le moment pour les assureurs, les courtiers et les titulaires de police d’optimiser leurs portefeuilles en prévision du passage à un marché étroit. Le moment est surtout venu pour les consommateurs avertis de produits d’assurance d’entreprise de mettre en place des programmes d’assurance plus résilients.

« Nous ne savons pas ce qui nous attend, personne ne peut prédire les cycles et nous ignorons quelle sera la prochaine chose qui aura une incidence sur le monde, dit-il. Pour l’instant, tant que les souscripteurs maintiennent un rendement satisfaisant et qu’il n’y a pas d’événement de type « cygne noir », nous pouvons nous attendre à ce que le marché faible continue. »

Références 

  • https://www.marsh.com/en/services/international-placement-services/insights/canada-insurance-rates.html
  • https://www.insurancebusinessmag.com/ca/news/commercial-liability/aon-canada-president-soft-market-set-to-persist-with-key-outliers-553776.aspx
  • https://www.bankofcanada.ca/core-functions/monetary-policy/key-interest-rate/
  • https://canadianunderwriter.ca/news/claims/how-lloyds-insurers-will-react-to-capacity-reductions-in-canada
  • https://canadianunderwriter.ca/news/claims/how-long-to-expect-commercial-property-insurance-softening-despite-escalated-losses/