Bulletin

Tour d'horizon trimestriel | automne 2026

Par Dafna Izenberg

La crise climatique et l’assurance paramétrique

Une assurance au profil humanitaire

El Niño est un phénomène climatique qui contribue au réchauffement des eaux de l’océan Pacifique tout en ayant une incidence sur les alizés qui s’affaiblissent ou s’inversent en conséquence. Observable de manière cyclique, il vient modifier les conditions météorologiques dans le monde entier. À quoi s’attendre? Inondations, glissements de terrain, feux de forêt et tempêtes violentes.

Cette année, l’épisode El Niño a atteint une intensité exceptionnelle et des proportions démesurées. En effet, le phénomène semble s’être emporté au point de faire monter les températures océaniques de 3.05℃, un triste record qui pourrait même être battu d’ici novembre pour atteindre 4℃. Les scientifiques prédisent notamment des sécheresses généralisées, un effet dévastateur sur les récoltes et près d’un demi-million de décès attribuables à la chaleur excessive. Les populations les plus démunies, dont nombreuses situées dans le Sud global, seront les plus à risque. Le « super El Niño » y causera quasi certainement des ravages.

Face à un tel scénario, l’assurance paramétrique attire de plus de plus l’attention. Les assureurs seraient-ils en mesure de venir en aide aux collectivités avant que celles-ci ne subissent des pertes plutôt que de réagir en aval?

L’industrie de l’assurance pourrait-elle jouer un rôle crucial dans l’atténuation des dommages causés par les catastrophes naturelles ou même tenter de les éviter? Depuis quelques années, El Niño est sur toutes les lèvres. Le Pérou, pays durement marqué par les perturbations climatiques, a lancé dès la fin des années 2000 un projet pilote visant à offrir une assurance contre les pertes d’exploitation. Il s’agit d’un produit unique conçu par la compagnie d’assurance La Positiva Seguros en collaboration avec l’économiste agricole de l’université du Kentucky, M. Jerry Skees (désormais à la retraite). En se fondant sur les données recueillies par la US National Oceanic and Atmospheric Administration, les registres de prêts restructurés accordés à la suite de la catastrophe survenue en 1997-1998 et une tradition ancestrale reposant sur l’observation des signes du monde naturel, ils ont tous les deux réussi le pari de démontrer que le phénomène El Niño est prévisible et qu’il cause des inondations désastreuses dans le Nord du pays entraînant ainsi des pertes financières énormes. Pourquoi donc ne pas prévenir plutôt que de guérir? Et offrir de l’aide avant l’arrivée des crues.

Convaincue, l’autorité de réglementation de l’industrie de l’assurance au Pérou a approuvé, en 2010, l’introduction d’un produit fondé sur les indices climatiques qui permet de déclencher le versement de montants en fonction de la nature d’un événement plutôt que des dommages que celui-ci risque de causer. Les organismes concernés sont donc en mesure d’offrir une aide financière aux agriculteurs en amont, leur donnant par la même les moyens de se protéger eux-mêmes ainsi que leurs récoltes. (Il est à noter que La Positiva n’offre plus d’assurance dite de prévision pour contrer les effets d’El Niño. Selon M. Skees, le produit offert à l’époque n’était pas tout à fait à la hauteur. La compagnie ne permettait pas, par exemple, de souscrire une assurance pluriannuelle. Si l’on se fie aux caractéristiques du phénomène El Niño, les acheteurs et les vendeurs devraient être en mesure de s’engager à long terme.)

Si vous vous demandiez ce qu’est l’assurance paramétrique, et bien en voici un bon exemple. C’est la réponse vers laquelle l’ensemble de la planète se tourne pour affronter la crise climatique mondiale. L’admissibilité des réclamations paramétriques est déterminée en fonction de paramètres clairs et vérifiables établis selon un événement météorologique donné. Ces paramètres, appelés aussi éléments déclencheurs, sont des seuils prédéfinis au niveau de la température, du niveau des eaux ou du nombre de millimètres de pluie. Il s’agit donc d’une assurance qu’il est facile d’adapter aux circonstances puisque toutes les personnes touchées dans une région donnée sont assujetties aux mêmes critères. Là où l’assurance traditionnelle exige une évaluation des dommages avant le règlement, la méthode paramétrique autorise le versement de sommes peu importe les pertes subies. Une manière de soulager les victimes potentielles plus facilement et surtout de manière plus équitable.

Ne qualifions pas d’autant ce modèle de solution idéale. Rapidité et simplicité? Oui. Toutefois, le tout repose sur un compromis de taille : l’élément déclencheur privilégié doit bien refléter la perte subie, des données fiables doivent exister et les parties doivent s’entendre sur la démarche à suivre en cas d’échec du système.

L’idée ne date pas d’hier. Des intellectuels originaires de l'Inde envisageaient déjà l’utilité de l’assurance paramétrique dans le domaine agricole dès les années 1920, affirme M. Skees. Il mentionne un étudiant en doctorat à l’université de Chicago dans les années 1940 qui avait consacré sa thèse à l’assurance des récoltes. Son idée avait reçu des éloges de la part de deux lauréats du prix Nobel, Theodore Schultz et Milton Friedman, membres de son jury de thèse. (« Quelle idée formidable » de dire l’un d’entre eux. « Voyons voir si ton idée fait son chemin. ») Le domaine agricole au Canada a toujours prêté une oreille attentive aux avantages d’une assurance fondée sur des indices. La Belle province a adopté l’assurance récolte depuis des décennies. De nos jours, le progrès scientifique et le volume de données à notre disposition font en sorte qu’il est plus facile de « vendre » l’assurance paramétrique. Et nous en sommes seulement aux premiers balbutiements.

Selon M. Alex Korb, consultant en solutions alternatives pour la gestion des risques, situé au New Jersey, « nous disposons d’un éventail de plus en plus large de produits adaptés et de polices couvrant tout un éventail de paramètres météorologiques et autres », une véritable aubaine pour l’adoption de l’assurance paramétrique. Les avancées dans le domaine de la technologie satellitaire et la prolifération de différents capteurs rendent les données plus accessibles : il est donc plus facile de s’en servir pour définir les éléments déclencheurs dans le cadre de contrats d’assurance paramétrique. Depuis quelques années, les sociétés technologiques se servent de l’IA « pour la bonne cause » en perfectionnant des modèles prévisionnels de plus en plus sophistiqués. Exemple? Il est désormais possible de prévoir la trajectoire d’une tempête dans les moindres détails, notamment le moment où celle-ci frappera les côtes, et ce, trois ou quatre jours à l’avance. « L’ouragan Sandy s’est abattu sur New York par surprise, une situation qui ne risque pas de se reproduire » affirme M. Skees.

La technologie nous rend service en facilitant la définition des indices nécessaires pour effectuer les évaluations paramétriques, mais le tableau est loin d’être complet. En effet, selon l’économiste agricole, les données historiques sont tout aussi importantes. Nous disposons de décennies voire de siècles d’observations de phénomènes météorologiques dont nous pouvons nous servir pour établir un classement des différentes catastrophes naturelles. « C’est notre Graal, précise Skees. En effet, la question à régler désormais au sujet de chaque tempête qui se profile à l’horizon est : s’agit-il d’un événement qui se reproduira aux 5, 50 ou 100 ans? » « Nous devons nous faire une idée de l’exposition au risque et de la présence des dangers susceptibles d’entraîner des dommages : c’est l’équation magique. À partir de là, il est possible de définir la portée d’un produit paramétrique. »

Attardons-nous un instant aux feux de forêt au Canada. Au moment d’évaluer le risque de pertes, plusieurs éléments doivent être pris en compte. « En premier lieu, nous avons des données historiques, souligne M. Skees. Il y a ensuite les changements climatiques récents comme la hausse des températures et l’accumulation de combustible qui augmentent le risque et la virulence des feux de forêt et qui en facilitent la propagation. « De grands efforts de sensibilisation sont déployés pour que la population soit consciente de la réalité sur le terrain, confirme M. Skees. Mais la question demeure : qui doit en assumer la responsabilité? Les propriétaires, les collectivités, les gouvernements provinciaux, Ottawa? Tout le monde contribue au risque, c’est aussi simple que ça. »

En 2016, M. Skees a fondé l’entreprise Global Parametrics. Sa raison d’être? Concevoir des solutions paramétriques « pour protéger les collectivités vulnérables et renforcer la résilience de celles-ci face aux catastrophes naturelles, » selon son site web, particulièrement dans les pays du Sud. L’organisation fait aujourd’hui partie de la Lloyd’s of London, le marché de l’assurance britannique. En 2025, le Natural Disaster Fund (NDF) associé à cette institution a déclaré que 104 millions $ avaient été accordés pour assurer 34,3 millions de personnes. « Cette couverture permet aux entreprises de continuer à investir l’esprit tranquille et à élargir leurs activités favorisant la croissance et la création d’emplois. Mais surtout, s’il survient une catastrophe naturelle, une somme de 15 millions $ a été prévue pour venir en aide aux collectivités touchées, » selon le Impact Report du NDF de 2025.

SelonThe New York Times, l’outil financier conçu par la Banque mondiale permet essentiellement de transférer le risque associé aux catastrophes naturelles des contribuables jamaïcains à des investisseurs d’envergure mondiale.

M. Skees a étroitement collaboré avec la Banque mondiale à partir du milieu des années 1990. De nos jours, la Banque émet des obligations catastrophe, un instrument permettant à des investisseurs d’intégrer le marché des catastrophes naturelles. » En 2024, la Jamaïque a fait l’acquisition d’une obligation catastrophe d’une valeur de 150 millions $US auprès de la Banque mondiale. En 2025, dans les quelques jours suivant le passage de l’ouragan Melissa, une tempête de catégorie 5 ayant frappé ses côtes, l’île a été en mesure de déclencher le remboursement de son obligation en plus de recevoir un versement de 662 millions $US au titre d’instruments financiers nationaux, régionaux et internationaux négociés au préalable, selon Ekhosuehi Iyahen et Pepukaye Bardouille du Insurance Development Forum . « Et c’est ainsi qu’un pays a pu bénéficier de fonds dans l’immédiat sans devoir emprunter d’urgence ni mener de négociations ponctuelles, » de dire les auteurs. SelonThe New York Times, l’outil financier conçu par la Banque mondiale permet essentiellement de transférer le risque associé aux catastrophes naturelles des contribuables jamaïcains à des investisseurs d’envergure mondiale.

Un phénomène météorologique extrême menace tous les aspects de notre vie quotidienne. La santé publique est habituellement en ligne de front, particulièrement sur le plan de l’accès à l’eau potable. Selon le Global Center on Disaster Risk and Poverty, fondé par M. Skees et situé à Louisville, « redonner accès à l’eau potable est le principal critère permettant d’accélérer le retour à la normale au sein des collectivités touchées par des catastrophes naturelles. » Les inondations et les incendies sont souvent synonymes d’un arrêt forcé pour les entreprises et les collectivités. Leur survie est même parfois en jeu. Habituellement, l’assurance couvre les dommages matériels plutôt que de couvrir les pertes réelles subies par une communauté. « Les pertes économiques peuvent se chiffrer à un milliard de dollars à la suite d’un feu alors que le montant versé frôlera à peine 10 millions $, » selon M. Korb. Cet écart s’apparente à un reste à charge. « Voici la lacune que vient combler l’assurance paramétrique, » affirme-t-il. De marbre face à la notion de dommage matériel, ce type d’assurance permet d’offrir une protection financière contre un éventail de facteurs de risque. Les solutions paramétriques répondent davantage à l’impact économique global d’un événement plutôt qu’aux dommages matériels particuliers que celui-ci a causés.

Plus nous disposerons de données exactes nous permettant de définir les éléments déclencheurs et plus nous comprendrons la signification de perte dans un contexte de catastrophe naturelle, plus nous serons en mesure de financer la prévention des sinistres plutôt que de simplement payer pour les dégâts. L’anticipation a le vent dans les voiles à mesure qu’un mouvement en ce sens prend racine au sein des organismes à vocation humanitaire. En effet, plus de 200 programmes consacrés au développement de mesures visant à prendre les devants ont vu le jour grâce à des organismes comme le Programme alimentaire mondial, le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, la Croix-Rouge, les Catholic Relief Services, la Food and Agriculture Organization aux États-Unis et le Start Network au Royaume-Uni. « Tout le monde s’entend sur le besoin d’établir des prévisions, de mettre en place des plans d’action et de financer des mesures concrètes pour prévenir les sinistres et les pertes de vie, » de dire M. Skees.

Parfois, les montants seront même versés avant que l’événement ne se produise. Exemple? Avant l’arrivée du typhon Odette en 2021, la communauté internationale a mis sur pied un projet afin de transférer 4 millions de pesos philippins (soit près de 90 000 $CA) à plus de 2 600 familles établies dans les villes et villages les plus à risque. Ces fonds étaient destinés à « aider les ménages pour qu’ils soient en mesure de prioriser leurs besoins trois jours avant l’arrivée de la tempête », selon Kristine Sabillo-Guerrero, collaboratrice du site Prevention Web, un site appartenant au Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophes (UNDRR).

Dans un rapport publié en 2019 intitulé « Forecast-based Financing (FbF)—Anticipatory actions for food security », le Programme alimentaire mondial (PAM) définit un certain nombre de mesures prises pour atténuer les effets des phénomènes météorologiques extrêmes. Sur le continent africain où d’accablantes sécheresses peuvent être prévues des mois à l’avance, les mesures peuvent cibler « la remise à niveau des points d’eau ou la construction d’un réseau d’irrigation », « la formation des agriculteurs afin de les familiariser avec d’autres méthodes ou options pour rentabiliser leurs récoltes » ou « l’accès à des semences résistantes à la sécheresse qui garantiront des récoltes même si la pluie fait défaut. » Le PAM favorise le recours à un financement fondé sur les prévisions ainsi qu’à des instruments d’assurance reposant sur des indices pour venir en aide aux populations touchées de la manière la plus simple, la plus prévisible et la plus opportune qui soit. »

« L’assurance prévisionnelle est de nature paramétrique et c’est là son principal atout en termes de valeur, » selon M. Korb. « Prédire et prévenir est devenu plus rentable que réparer et remplacer. »

Règlement des sinistres

Les temps sont révolus : l’argent a préséance sur l’évaluation des dommages. Le processus traditionnel de règlement des sinistres, longtemps considéré comme l’épine dans le pied des assureurs, pourrait être une chose du passé.

En effet, c’est l’étape que les consommateurs et les entreprises souhaiteraient éviter à tout prix. Le dialogue interminable entre l’expert en sinistres et vous peut durer des semaines, des mois, parfois des années donnant lieu à des différends ou même des poursuites. En d’autres mots : vous n’êtes jamais sûrs si vous avez droit aux montants prévus dans votre contrat ni quand ou comment ces sommes vous seront versées.

Les assureurs y trouveront également leur compte; le processus se veut simple et transparent. « En l’espace d’un instant, vous saurez si vous devez des sommes au client; un véritable jeu d’enfant, » précise M. Korb. « Le site web d’Environnement Canada vous permettra de déterminer la quantité de pluie tombée à un endroit précis. » Avec l’assurance paramétrique, tout est prédéfini de manière claire et transparente. La « boîte noire » qui a longtemps marqué le processus de réclamation n’est plus d’actualité. « Le versement est fondé sur un objectif indépendant, un tiers. La relation tendue entre assureur et assuré n’a plus sa place, » affirme Korb. « Habituellement, c’est un organisme gouvernemental qui prend les rênes, mais un organisme privé ayant autorité et dont la réputation est immaculée pourrait également s’en charger. »

Finn Magee est chef de la direction d’Insurtech Canada, un cabinet qui collabore avec des entreprises technologiques, des assureurs, des courtiers et des investisseurs, souvent à titre d’intermédiaire entre les différentes parties afin d’améliorer le marché de l’assurance au Canada et favoriser l’utilisation responsable de la technologie.

M. Magee décrit une application permettant de garder un œil sur le trafic aérien partout dans le monde en fonction des événements climatiques. Un de ses clients est une entreprise irlandaise appelée Blink Parametric. « Sur l’écran géant qui se trouve dans ses bureaux, il est possible de suivre l’ensemble des vols à l’échelle du monde. » « Ayant accès à une mine de données, l’organisation est en mesure de déterminer si vous possédez un produit paramétrique vous permettant de déterminer si votre vol accuse du retard. « Plus de trois heures? Blink est au courant et voilà, votre réclamation a été traitée automatiquement. » En guise de paiement, vous pourriez recevoir une passe pour un salon d’aéroport, un surclassement sur votre prochain vol ou de l’argent comptant. L’important est qu’il s’agit d’un processus automatique fondé sur les données recueillies et des éléments déclencheurs tangibles.

Voilà pourquoi les produits paramétriques gagnent en popularité, selon M. Magee. Une police traditionnelle sous-entend « toute une panoplie de règles et de critères à respecter avant d’autoriser un paiement »; la démarche à suivre avec l’assurance paramétrique n’a rien de sorcier.

Pour M. Magee, ce type d’assurance représente un moyen de couvrir les éléments que l’assurance conventionnelle refuse de prendre en considération. Il est surtout question de montants qu’il faut verser une fois la réclamation traitée. Regardons la situation de plus près : « Un ouragan frappe une région donnée et le seuil paramétrique défini pour la force du vent est franchi. Un hôtel obtient donc un paiement de 2 millions $. Même un important groupe hôtelier ressentirait l’incidence économique d’un tel montant. Voilà pourquoi l’entreprise s’est dotée d’une couverture paramétrique. Ce qui compte c’est la rapidité du transfert de fonds, » selon M. Magee.

Les risques liés aux changements climatiques ne cessent de s’aggraver au Canada. À mesure que le tableau météorologique s’assombrit, il est important de se donner les moyens pour traiter les différentes réclamations : la solution paramétrique s’impose de plus en plus.

Le paramétrique à l’avant-scène

M. Magee estime que près de la moitié des assureurs au Canada offre une forme d’assurance paramétrique. Les courtiers y consacrent davantage de leur temps et les compagnies d’assurance nomment des équipes dont le mandat est de trouver des solutions paramétriques, selon M. Korb. « L’intérêt croît rapidement dans les secteurs privé et public à travers le monde grâce notamment à des efforts de sensibilisation, mais aussi à la popularité de ce produit. Malgré tout, plusieurs décennies plus tard, le domaine du paramétrique tarde à réellement se faire connaître. Et pourtant, dans le domaine de la gestion des risques, on ne pourrait pas rêver mieux, » affirme-t-il. Chaque professionnel du risque doit, selon lui, avoir au moins une petite idée de ce que sont les solutions paramétriques et du rôle qu’elles jouent pour assurer la résilience des entités publiques et privées.

L’information est là, mais le besoin de formation aussi. Justement, il y a environ trois ans, la compagnie d’assurance Aviva a décidé de sortir des sentiers battus en proposant des produits d’assurance différents à ses clients victimes des effets néfastes des changements climatiques. « Nous sommes témoin de plus en plus d’événements météorologiques extrêmes au Canada, ce qui a suscité notre intérêt pour la paramétrique, » de dire James King, responsable de l’assurance de façade et du volet multinational chez Aviva. Jusqu’ici, nous avons développé cinq produits, deux en lien avec la pluie et trois liés à la température.

Un produit d’assurance qui tient compte de la température pourrait plaire à une entreprise du domaine de la construction qui doit se plier aux règles ne lui permettant pas de faire travailler du personnel à l’extérieur si la température dépasse un seuil. Étant donné qu’il est de plus en plus prévisible que les records de température persistent pendant plusieurs jours et que ce genre de délai entraîne un retard dans les travaux prévus, une entreprise de construction pourrait être aux prises avec des factures pour de l’équipement non utilisé et courir le risque de perdre des employés partis se trouver une place ailleurs. Un instrument paramétrique pourrait aider à absorber certains de ces coûts en offrant, par exemple, un montant aux employés qu’on renvoie à la maison pour cause de chaleur excessive. « Si vous avez des contraintes budgétaires ou cherchez des solutions pour vos employés, ces produits pourraient répondre à vos besoins, » précise M. King. « Vous aurez plus rapidement accès à des fonds pour vous dépanner comparativement à d’autres produits offerts sur le marché de l’assurance. »

Pour les courtiers, l’assurance paramétrique est l’occasion d’aider des clients qui font face à des pertes à répétition ou qui ont du mal à trouver une couverture adéquate. Il est tout aussi important de bien comprendre le large éventail de dommages causés par les phénomènes climatiques. Quels sont les plus conséquents et dans quelles circonstances faut-il y prêter attention? Prenons les inondations en exemple. « Il serait tout naturel de penser que l’indice principal serait la pluie, qu’une certaine quantité constituerait l’élément déclencheur, mais ce n’est pas toujours vrai, » affirme Jason Foroglou, vice-président du Canadian Broker Network. « Que dire du niveau des eaux dans la rivière locale qui dépend de la quantité de neige tombée durant l’hiver? Le ruissellement au printemps pourrait faire en sorte qu’il soit de 12cm plus élevé que la normale. »

En recueillant de l’information à l’intention des souscripteurs, les courtiers doivent tenir compte de tous les facteurs pertinents. Selon M. Foroglou, développer une solution n’est pas de tout repos. Il le voit comme un grand effort de négociation et de collaboration entre ces deux acteurs de l’industrie de l’assurance. Les courtiers et les assureurs doivent s’entendre sur les indices. Et sur les éléments déclencheurs. « Ils doivent également s’entendre sur des solutions de rechange au cas où les systèmes sur lesquels ils s’appuient habituellement fassent défaut ou soient indisponibles. Qu’arrive-t-il s’il survient un événement météorologique et que nous ne sommes pas en mesure de recueillir les données pertinentes ou que notre processus ne fonctionne pas? »

Il est inévitable qu’un courtier se retrouve, à un moment donné, dans une situation où une solution paramétrique s’imposera comme le produit idéal pour un client à la recherche d’une couverture pour contrer les effets climatiques ou qui a du mal à trouver chaussure à son pied. Ce client subit peut-être des sinistres de manière fréquente ou cyclique. « Les coûts explosent. Et les franchises sont trop chères. C’est donc l’occasion de voir la situation sous un autre angle, d’appeler un souscripteur et de se creuser les méninges. »

Selon M. Foroglou il s’agit d’une toute autre manière d’envisager la protection qu’on offre aux clients. « Nous avons des événements qui arrivaient une fois tous les 300 ans, qui surviennent désormais deux fois en dix ans. Il n’est donc pas surprenant que les solutions traditionnelles ne suffisent plus. »

« L’assurance paramétrique ne vient pas remplacer nos produits habituels, » affirme Jerry Skees. « Il nous faut combiner les deux. » « Privilégier l’assurance paramétrique en y ajoutant une assurance classique qui se chargera du reste. » « Je trouve que c’est un bon moyen d’offrir une couverture contre les pertes d’exploitation. Elle fonctionnera même en l’absence de dommages matériels! Nous sommes conscients que de nombreux phénomènes météorologiques extrêmes entraînent une interruption des activités. Utilisée adroitement en combinaison avec un contrat d’indemnisation, l’assurance paramétrique présente donc l’avantage d’un versement rapide et vous permet de mieux vous protéger. »

References

  • https://www.theguardian.com/environment/2026/sep/21/super-el-nino-temperature-record
  • https://www.theactuary.com/2020/04/14/impact
  • https://www.naturaldisasterfund.com/ndf-impact-report-2025
  • https://www.insdevforum.org/when-the-storm-hit-stability-held-what-jamaicas-hurricane-melissa-experience-teaches-the-world/
  • https://www.nytimes.com/2025/10/30/world/americas/jamaica-hurricane-melissa-disaster-preparedness-finances.html
  • https://www.preventionweb.net/news/groups-provide-pre-disaster-financial-aid-more-2600-families-e-samar-typhoon-odette-hits
  • https://docs.wfp.org/api/documents/WFP-0000104963/download/